Faire son coming out

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Si l’homosexualité entre petit à petit dans les mœurs, la transidentité est toujours un sujet tabou. Oui, même dans le soit-disant pays de la liberté, même en 2014. Pourtant, s’épanouir dans sa vie de travesti passe par le coming out, au moins auprès de ses proches. Vous n’arrivez pas à en parler, vous n’osez même pas imaginer la réaction de vos aïeuls… Vous seriez pourtant surpris de la compréhension de vos proches, à moins, bien évidemment de savoir présenter correctement votre petite particularité.

Article publié le 13 juillet 2012 et mis à jour le 25 octobre 2014.

Réhabiliter le travestissement

Avant toute chose, il est important de sélectionner les personnes à qui vous décidez d’en parler. Bien évidemment, si c’est pour briser des amitiés, ça n’a pas de sens. Quoiqu’au moins, ça triera efficacement les personnes qui sont importantes et pour qui vous êtes cher. Mais là n’est pas la question.

Si vous espérez avoir des retours positifs quant à votre passion pour le travestissement, il faut le présenter de façon relativement « saine » et jouer la carte de la transparence car on risque de vous poser des questions, beaucoup de questions. Bref, c’est le moment d’expliquer que vous vous êtes souvent (voire toujours) senti « femme », que vous aimez le maquillage ou que sais-je encore. Rien de plus ! Faire son coming out ne signifie pas dévoiler ses fantasmes et parler de ses orientations sexuelles n’est pas synonyme de raconter sa vie sexuelle. Ne l’oubliez pas… Mais si vous lisez ce blog, je suis certain que vous savez déjà faire la part des choses !

Dialogue au sein du couple

Si vous êtes marié (voire pacsé ou fiancé), il est extrêmement important d’en parler à sa compagne. Ce n’est pas un mystère mais au sein d’un couple, seul le dialogue permet de conserver des relations saines et durables. L’idéal, c’est encore de jouer cartes sur table au début de votre relation en expliquant à votre chéri(e), dès le début de votre idylle, votre envie de vous travestir. Il y a des cas, et c’est le mien, où cet attrait pour le travestissement se déclare alors que vous vivez ensemble depuis des années. Dans ce cas-là, il n’y a qu’à en discuter franchement, sans tabou et sans détour. Si vous perdez votre compagne à cause du travestissement, alors j’ai presque envie de dire qu’elle ne tenait pas à vous, ce qui biaise légèrement la relation. Et sincèrement, croyez-le, cette envie de porter des robes à fleurs, elle, ne disparaîtra jamais… Vivre et se mentir toute la vie pourrait être extrêmement frustrant, à la longue.

couple
Ne pas faire son coming out, c’est priver son couple d’un épanouissement insoupçonné…

De nombreux travestis préfèrent le cacher à leur épouse. C’est à mon avis bien triste puisqu’un couple fonctionne également grâce à la confiance mutuelle que se portent les tourtereaux. Sans compter que pour s’épanouir, il faut du temps pour apprendre à se maquiller, trouver les vêtements qui vous mettent en valeur ou tout simplement prendre soin de son corps. Qui de mieux que votre femme peut vous apprendre la féminité, finalement ?

Faire des concessions

Ce que beaucoup de travestis oublient, c’est qu’ils ne sont pas les seuls à être en souffrance vis-à-vis de leur situation (être né dans le mauvais corps, être un martyr de la société…), c’est aussi une peine pour les compagnes. J’en profite pour envoyer des tonnes de baisers à ces femmes qui acceptent, autant qu’elles le peuvent, l’épanouissement féminin de leurs hommes. Mais ne l’oubliez pas : si votre épouse vous accepte comme vous êtes, ne franchissez pas les limites qu’elle vous impose. Ce n’est pas donné à toutes d’accueillir à bras ouvert le travestissement de son mari. Imaginez-vous l’inverse : et si votre femme voulait devenir un homme ? Que diriez-vous si elle se rasait la tête et se laissait pousser le pelage ? Accepteriez-vous d’elle qu’elle aille au bout de sa transformation ? Peut-être pas…

Pour cela, il faut, je le répète, beaucoup dialoguer. Essayez de vous comprendre mutuellement et si votre compagne n’accepte pas, ne vous braquez pas et essayez de comprendre pourquoi. Une lectrice m’a un jour écrit (elle se reconnaîtra peut-être) et me racontait que sa femme l’acceptait, mais qu’elle n’était pas d’accord pour une épilation du torse. Du coup, la concession faite par cette sympathique lectrice fut de porter des vêtements à col roulé. Pourquoi pas ?

Conflit générationnel

Le plus difficile peut encore être d’en parler à ses proches, notamment à ses parents, surtout si vous vivez encore sous leur toit. Néanmoins, selon votre degré d’affinité avec vos géniteurs, il ne vaut peut-être pas forcément la peine d’en parler ; en ce qui me concerne, je n’ai pas vu mon père depuis cinq ans et je ne vois pas l’intérêt de lui en toucher un mot. Dans le meilleur des cas, des parents qui aiment leur enfant l’accepteront sans l’ombre d’un doute. Ce qui est important, c’est d’expliquer que c’est comme cela que vous êtes heureux.

Si un face-à-face avec votre père et votre mère semble insurmontable, pourquoi ne pas leur écrire une lettre, à l’occasion de la journée mondiale du coming out par exemple (le 11 octobre) ? La plume a un pouvoir étonnant et, à l’écrit, votre propos sera légitimé, lu, relu, rerelu et déjà bien digéré au moment du tête-à-tête. Ouvrir son cœur par l’intermédiaire d’un courrier peut vous donner une relation encore plus intime avec vos parents, surtout qu’un tel courrier sera longtemps conservé, croyez-le.

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« Père, mère. Il faut qu’on parle. »

Chloé nous racontait il y a peu de temps, sur le forum des travestis, le courrier qu’elle avait écrit à tous les voisins de sa résidence. Cette histoire était aussi touchante que pleine d’enseignements et reste la preuve que l’écrit a le pouvoir de légitimer votre propos. Pensez-y lorsque vous êtes dans une impasse !

S’épanouir dans sa double vie

Vos proches mis au parfum, vous vous sentirez soulagé(e) ! Vraiment soulagé(e). C’est à ce moment-là que vous pourrez vous épanouir sans avoir à sonder l’avis des uns et celui des autres. Finis les secrets, plus besoin de cacher quoique ce soit, ni de vous justifier quant à vos bras épilés, vos sourcils parfaits ou les trous de vos lobes d’oreilles. Faire son coming out, c’est signer pour la liberté, c’est permettre à la fleur qui sommeille en vous d’éclore. Autrement dit, c’est le pied.

Quant à vos amis, apprenez à faire la distinction entre les vrais et les connaissances. Mais n’oubliez jamais que ce n’est pas avec vos « potes » que vous construirez votre vie… Certes, je ne peux que vous conseiller de faire des concessions pour votre moitié ; en ce qui concerne l’amitié néanmoins, je pense que les vrais amis s’acceptent tels quel. N’oubliez donc jamais qu’il est plus important d’être celui ou celle que vous êtes et non pas celui que vos « amis » aimeraient que vous soyez…

Bisous !

42 commentaires

  1. Tellement de personnes pense sûrement… :  » Quelle chance tu as pour avoir un si beau parcours d’épanouissement sur ton travestisme !!! »
    Voila la réponse, ce fabuleux témoignage.
    La sincérité et la franchise envers soi-même et les autres reflètent le plaisir que nous avons a l’assumer au quotidien.

    Présenter tout cela avec un discours bien ficelé, rassurant et prônant le bonheur que cela nous importe reste essentiel pour ne pas vivre frustrer, c’est un fait. Comment ? Votre libido ? C’est pas nécessaire dans la démarche, en effet ! Osef !! ^^

    Qu’est ce que l’on se sent bien de pouvoir le vivre et à en parler librement en toute quiétude ! L’expérimentant également, il ne me reste qu’a plussoyer ce témoignage qui est une des plus belles façon de vivre son travestisme, tout en bousculant les stéréotypes qui lui sont rattachés.

    Vous savez ce qu’il vous reste à faire ! ^^

    • Je ne dirais pas que c’est de la chance. Ma compagne n’a pas tout simplement répondu « OK, vas-y. » Comme tous les couples, on a connu des hauts et des bas. Le fait est qu’au final, elle n’a pas perdu (et ne perdra jamais) son homme, quoiqu’il arrive. Et c’est important pour une femme d’être certaine que son « homme » n’est pas en train de disparaître pour toujours, j’imagine.

  2. Je ne peux qu’approuver et confirmer tes propos par ma propre expérience. Pour ma part, j’ai évoqué mon gout pour le travestissement avec plusieurs proches, mais avant toute discussion je leur ai tous, à l’exception de ma femme qui ne l’était pas à l’époque, envoyé un texte que j’ai intitulé  » La dernière cliente » ce qui les mettait en condition et facilitait les échanges par la suite et les réaction s’en trouvaient très positives.

  3. La vie de couple c’est une concession permanente, alors la vie de couple avec un travesti c’est remise en question permanente pour celle/ceux qui evolue au cours du temps.
    Comme le souligne Emilie: Merci à nos chéries/ femmes/compagne qui vivent a nos cotés et qui l’acceptent et le vivent au quotidien.

    • C’est exactement ça. Les travestis se remettent parfois voire souvent en question. Jusqu’à quel point se transformer, irai-je vers la transition ou non ? C’est à cause de cela que le couple est (également) en perpétuelle remise en question. Jusqu’à réussir à se comprendre et à savoir ce que l’on est, ce que l’on veut et vers quoi on tend, il peut se passer des années.

  4. La plupart des lectrices anonymes sauront evaluer qu un coming-out reussi en couple, qui plus est en famille, reste une exception. Je ne parle meme pas du cas avec enfants…Il n est point besoin de rappeller ce qui est en filigrane dans l article; a savoir bien mesurer les risques, car une fois lachee, la nouvelle ne rentrera pas dans la boite et gare aux degats potentiels dans un environnement socio-familial sourd a de telles particularites tres privees. L envie de coming-out, ca peut etre aussi, voire bien plus fort qu une pulsion sexuelle, en terme de reaction emotive de la part de celui qui en eprouve le besoin; il faut donc avoir les renes bien en main quand on s aventure dans cette direction. Penser peut-etre aussi a se demander pourquoi le coming-out et qu est ce que ca apporte vraiment, une fois passe la satisfaction d avoir repondu a cette enieme nouvelle forme d expression de cette facette dans sa psyche, ou bien la levee des tracasseries de valises XXL et epilations a justifier. Enfin, pour sa conjointe, prendre conscience que cela altere fortement son image masculine, meme une fois revenu en habits de ville. A manier avec grandes precautions, ce qui est une recommandation presqu inutile, puisque l inhibition sociale joue ce role de tampon anti coming-out fringant.

    Mais bon pour revenir a un sujet plus serieux, OUI, il y a des super robes a fleurs chez Esprit cet été…

    • Ce que j’en pense, c’est que c’est surtout un soulagement mais le second effet Kiss Cool, c’est qu’en s’assumant et en parlant ouvertement, ça dédramatise un peu cette pratique trop mal vue, très tabou et qui fait tache dans les repas de famille. J’en profite pour te dire que j’ai suivi ton petit roman-photo de ton voyage en Espagne. C’était bien. Gros bisous !

  5. Un titre qui donne la boule au ventre ! Mais tellement imprégné de douceur, de franchise et de courage. Ça a l’air simple en lisant… Bon courage à toutes !

  6. re coucou a toi tres chere Emilie je tien a te remercier pour tou les conseils maquillage kil ya sur ton blog cest genial grace a tes techniques jai reussi a me faire un tres jolie maquillage en 10 dix minutes et aujourdui jai de la chancr jai les chevx long juska la nuque noir et cette aprem je me sui faite plein de tres jolies petites meches bleux ciel dans mes cheveu je sui tro contente du resultat bizou repon moi des ke possible et encore merci ps tes vraiment jolie 😉

  7. cette page est sublime. Tu dis avec franchise et délicatesse toute la difficulté et l’aboutissement que représente la démarche du coming out.
    « Missudecay » et toi, Emilie… chapeau bas, grande classe. Je vous admire.

  8. Un article fort et doux a la fois, complet, concis.
    Et je pense que le coming-out bien gère est en effet bénéfique, ce qui ne fut pas mon cas pour l’avoir plus présente avec l’emprunte de ma souffrance conservée et tue en moi depuis bien trop longtemps plutôt que de l’avoir fait dans un esprit positif comme le conseille Emilie.
    Bel article ayant le mérite donc d’être clair et agréable dans sa démarche.

    • Merci 🙂 ! Ha oui, comme je le dis souvent, faut quand même sélectionner les personnes à qui en parler. Je sais qu’il y a des personnes qui diront toujours : « nan mais faut le dire, faut le dire, faut le dire… » mais ça dépend de ce que tu souhaites suivre comme évolution. Si c’est pour briser des couples ou torpiller des liens familiaux, est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? Et bien… ça se discute.

  9. Bonsoir

    Tout d’abord merci pour cet écris intéressant sincère honnête comme j’aime je me travesti tout doucement rapidement disons mon souci c’est de trouver une perruque. continue c’est super je me sent moin seul

  10. Comming out fait depuis une semaine et aujourd’hui premier shoping avec ma petite femme. (comme toi Emilie pour ta première fois Kiabi) 🙂 .
    Premier essayage d’une jupe et d’un pantalon, (superbe) pas vraiment très a l’aise surtout qu’une hôtesse ranger des cintres a 50 cm du rideau.

    C’été un court moment de partage et de complicité qu’ont à bien apprécié , juste petit soucis quand elle trouve un truc chouette je sais plus si c’est pour moi ou pour elle.

    Notre prochain objectif sortir ensemble en fille mais pour l’instant je n’ai nullement envie d’être ridicule et/ou pas crédible, alors encore 20 kg a perdre et soigner grandement mon look et ma gestuel , mais on reste confiant… la date de sortie est prévu pour avril .

    Au plaisir de vous lire

  11. quelle maturité! et le fait que tu remercies aussi ta compagne est un « détail » que j’apprécie beaucoup car si tu as pris ton courage à deux mains pour déclencher une nouvelle orientation de ton futur ( ce qui est le pas le plus important), elle a était plus facile grâce en partie à cette chère dame qui vit auprès de toi… je pourrai la considérer comme accélérateur de ta personnalité déjà présente. je ne cesserai jamais de répéter à tous et toutes « soyez d’abord un être humain avant que d’être un être dans la société » vous ne pouvez pas imaginer le bien être lorsqu’on suit ce choix! à bientôt…

  12. […] Pour l’anecdote, en 1982, Tootsie faisait partie des nommés pour le César du meilleur film étranger. Finalement, c’est un autre long-métrage consacré au travestissement qui l’emporte : Victoria Victor. Dans cette comédie, la chanteuse Victoria Grant ne trouve pas de contrat et est contrainte à se faire passer pour un homme travesti afin de décrocher un rôle dans cabaret parisien. Comme quoi, c’était l’année ou jamais pour nombre d’entre nous de faire leur coming out ! […]

  13. Bonjour à toutes,

    Quel site!
    Quelles lectures!…
    Je crois que je vais y passer la nuit….
    Tant de vies semblables à la mienne….
    je suis en fille, et je suis bien, pas forcément sexuées, pas forcément aguicheuse, mais depuis ces années aujourd’hui avec mes simples fringues de chez tatie, je ne me suis jamais trouvé aussi jolie….qu’au naturel…
    Comment trouver la force de partager?…
    Le faut-il vraiment?
    je réfléchit… avec vous toutes..
    merci d’être là, merci pour cette bulle de bonheur qu’est votre site, et votre compagnie.
    Bises.
    Valy

  14. parfois je pense au question par rapport a ma famille
    surtout ma sœur michelle
    je n est pas envie de lui de le dire
    que je veut devenir une femme

    • Parfois, il y a des personnes à qui il ne vaut mieux pas en parler. Tout dépend de votre rapport avec votre sœur et avec votre propre féminité. Dans le cas d’une transition, difficile de passer outre le coming out public…

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