Genshiken Nidaime : le trouble du travestissement

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Le travestissement est un thème régulièrement abordé dans le manga et l’anime. Hélas, souvent caricatural ou source de fantasme, les œuvres qui traitent du sujet avec intelligence se comptent sur les doigts d’une main. Genshiken Nidaime fait partie de ce petit groupe. Le personnage principal de cet anime, Hato Kenjiro (la jolie rouquine de l’artwork ci-dessus), est complexe. À travers lui, les questions liées au travestissement se succèdent : les raisons, la double personnalité, l’acceptation et la sexualité.

Genshiken : la troisième saison

Genshiken est l’anime que tout fan de culture japonaise doit avoir vu ! Il met en scène un club d’étudiants, composé de fans obsessionnels de mangas, d’animes, de copslay ou de jeux vidéo, plus communément appelé otakus. L’intrigue est plutôt simple, puisqu’on y suit la vie quotidienne du club et de ses membres. Rien de trépidant dans cet anime « tranche de vie », mais les situations cocasses, les nombreuses références et les relations entre les personnages nous plongent dans une œuvre chaleureuse et humoristique.

Les têtes de vainqueurs de la première génération.
Les têtes de vainqueurs de la première génération.

L’anime est basé sur le manga en neuf tomes de Kio Shimoku. Cette adaptation est scindée en deux saisons de douze épisodes. Il existe également trois épisodes spéciaux pour faire la transition entre ces deux arcs. Pour la troisième saison, il aura fallu attendre six longues années pour la découvrir. La faute à une embrouille d’édition et une pause de plusieurs années dans la publication du manga. Dorénavant appelé Genshiken Nidaime, Nidaime voulant dire seconde génération, on y suit les aventures des nouvelles recrues du club.

Les trois nouvelles recrues du Genshiken.
Les trois nouvelles recrues du Genshiken.

On peut dire que l’ambiance change radicalement pour cette troisième saison. Avec le départ des anciens, l’époque des mangas de baston, des jeux vidéo érotiques et des chanteuses virtuelles est révolue. L’arrivées des nouvelles étudiantes donne une orientation (presque) exclusivement féminine. Les otakus laissent leur place aux fujoshis. C’est une expression qui désigne les filles fans de mangas homosexuels. Les relations masculines sont au centre de l’intrigue (appelé yaoi ou Boy’s Love). Hato Kenjiro, notre héros travesti fait partie de ce groupe de « filles », et leur passion commune du yaoi va l’amener à bien des questions.

La bande de cette nouvelle génération au grand complet.
La nouvelle génération au grand complet.

Les raisons du travestissement

Pour réussir son travestissement, Hato a fait les choses patiemment et avec minutie. Durant six mois il a travaillé sa voix pour la rendre féminine et méconnaissable, il s’est épilé le corps et le visage entièrement, il a pratiqué chaque jour l’art du maquillage et tout son budget s’est envolé dans les soins corporels et les vêtements. Bref, les grands moyens pour simplement rentrer dans le Genshiken en tant que membre féminin. Car selon lui, il n’y a que les filles qui puissent aimer les Boy’s Love. L’illusion est plus que parfaite et sa transformation dupe toutes les membres du club. Mais, hélas pour lui, par un concours de circonstances, sa perruque finit par tomber et, avec elle, son identité.

Pas facile de dire qui est une fille ou un garçon.
Pas facile de dire qui est une fille ou un garçon.

Passé la surprise, les membres acceptent sans problème qu’Hato soit un travesti. Au contraire, elles sont même ravies. Ce ne sont pas des fans de manga homosexuel pour rien. Leur unique condition pour qu’Hato puisse rester ainsi est qu’il ne se change jamais dans les toilettes des filles. Notre héros est stupéfait : il est accepté tel qu’il est, sans aucun jugement. Avant son arrivé à l’université, il avait révélé son intérêt pour les Boys’s Love à quelques amies du lycée. Cette confidence avait déchainé les persécutions et les moqueries par ses camarades de classe. Dorénavant au Genishiken, aucune retenue, il peut enfin exprimer sa passion du yaoi.

Hato en fille laisse exprimer ses envies.
Hato en fille laisse exprimer ses envies.

Maintenant que ses copines du club connaissent son intérêt pour les mangas homosexuels et la raison de son travestissement, Hato n’est plus obligé de se travestir en leur compagnie. Il peut redevenir un garçon et assumer sa passion, sans être jugé par les autres membres. Mais ce n’est pas si simple. Le jeune homme a poussé le travestissement très loin, au point de ne plus s’en passer. Être considéré comme une fille est une jubilation pour lui. Et là encore, est-ce la seule raison ? Malgré tout, il n’arrive pas à dissocier son penchant pour les yaois et le fait d’être un homme. Son obsession pour ce genre de manga ne cache-t-il pas quelque chose de plus profond ?

Même en dormant Hato a une voix de fille et se comporte comme telle.
Même en dormant, Hato a une voix de fille et se comporte comme telle.

La sexualité

Hato le clame haut et fort, il n’est pas attiré par les hommes. Pourtant, son penchant pour les mangas homosexuels et ses dessins très explicites font penser le contraire. Mais admettons. Par contre, la sexualité du jeune homme se révèle au contact d’un ancien membre du club : Madarame. Celui-ci habitant tout près du Genshiken, il prête à Hato son appartement pour qu’il puisse se transformer tranquillement. C’est quand même plus pratique que dans les toilettes des hommes. Ce va et vient entre le club et l’appartement de Madarame va amener les deux garçons à se côtoyer très souvent.

Hato et Madarame.
Hato et Madarame.

Malgré les révélations d’Hato sur son travestissement et son amour des Boy’s Love, Madarame ne le juge absolument pas. Au contraire, il est bienveillant et discute de ces sujets en toute simplicité. Le jeune travesti est bouleversé devant ce garçon prévenant et gentil (NDJ : un peu comme Jacques dans La classe américaine). Mille et un sentiments s’entrechoquent dans son esprit. La représentation féminine d’Hato lui suggère de déclarer son amour. Mais en garçon, en face de Madarame, le jeune homme reste de marbre. Tout comme sa passion des yaois, Hato n’arrive pas à dissocier son amour pour les hommes du travestissement. Un fossé de plus en plus important se creuse entre son avatar féminin et lui-même.

La représentation de la double personnalité d'Hato, qui vient lui donner des conseils.
La représentation de la double personnalité d’Hato qui vient lui donner des conseils.

La double personnalité

Au fil des épisodes, le trouble dissociatif de la personnalité du jeune héros se relève de plus en plus présent. Comme expliqué dans les paragraphes précédents, Hato n’arrive pas à séparer son homosexualité de son genre. Pour assumer ses désirs, il s’est construit une personnalité féminine. Et cela va bien plus loin qu’une simple attirance ou des envies. Son caractère et ses capacités changent également ! Son aptitude à dessiner est représentative. En garçon, il crée des œuvres fatalistes et des personnages aux têtes étranges et glauques. Mais en fille, il ne dessine qu’une seule chose : des croquis magnifiques mettant en scène des relations sexuelles entre hommes. Les capacités rejoignent finalement ses envies.

Les dessins et les désirs d'Hato.
Les dessins et les désirs d’Hato.

Le simple fait de porter des effets féminins joue un rôle de commutateur d’autosuggestion. Pour résumer, en fille, Hato dessine merveilleusement bien et laisse libre cours à ses désirs. Et cette personnalité n’est pas le fruit du hasard. Durant le lycée, le jeune homme vouait une admiration sans faille pour une camarade de classe. Celle-ci adorait les Boy’s Love, elle était populaire, elle dessinait parfaitement et cela avec une assurance inébranlable : toutes ces choses qu’Hato désirait ardemment ! Son avatar féminin a calqué le caractère de cette personne, jusqu’au point de lui ressembler physiquement. Lorsqu’il est en fille, le jeune travesti possède la même coupe de cheveux et un style vestimentaire identique.

Hato face à son idole du lycée.
Hato face à son idole du lycée.

Une réflexion sur soi-même

Amené de façon légère et parfois comique tout au long de l’aventure, la psychologie d’Hato n’en est pas moins complexe, tout du moins pour un manga. Cela peut être une piste de réflexion sur soi-même et sur le transgendérisme. Beaucoup de travestis disent posséder une seconde personnalité. Comme le suggère Genshiken Nidaime, ce caractère diffèrent existe t-il vraiment ? N’est-il pas le fuit d’un refoulement ? En tout cas, je pense qu’il n’existe pas chez les travestis de personnalité féminine et masculine dissociée. Selon moi, qu’il s’appelle Nina ou Kevin, le travesti est une unique personne.

Le travestissement amène bien des questions.
Le travestissement amène bien des questions.

21 commentaires

    • Pour visionner ce genre d’anime, je te conseille d’avoir une excellente culture « otaku ». Les références sont très nombreuses et j’ai souvent perdu le fil, malgré une bonne connaissance du sujet.

      • Je suis plutôt un lecteur de Comics, donc c’est vrai que vu que j’ai décrocher il y a longtemps des mangas, je pense que je vais ramer… Je tenterais et si je décroche trop je passerais mon tour…
        Merci Nina

          • Carrément, Loki a de multiples facettes, et c’est un personnage riche et complexe. Je n’en suis pas fan, mais je reconnais qu’il y a matière. Je trouve ça dommage d’ailleurs que le travestissement ne soit pas traité d’avantage (ou dumoins sans passer par les clichés habituels…).
            Bon ok y a la scène de Cloud dans FFVII mais sinon elle sont rare.
            Je me rappel avoir rigoler sur un jeu de PS2 appelé Beat Down, tu pouvais travestir ton adversaire, c’était marrant. Y avait Saint Row 1 aussi… Mais j’aime jouer les femmes fatales dans Mass Effect^^

  1. Très intéressant cet article, ça donne vraiment envie de lire le manga ou regarder l’ anime.
    C’ est traduit en français ?
    C’ est facile à trouver ?

  2. Un anime a regardé en plus 🙂

    Le sujet est intéressant mais en plus sympa à regarder. Je rajoutes cela avec Card Captor Sakura, City Hunter et GTO ^-^

    Bon j’aurais aucunes références sur la culture « Otaku » mais je ferais avec 🙂

      • Je les ai dans cette version sans le vouloir x)

        L’avantage est que je serais pas pris du symptôme de « J’avance dans les épisodes en faisant les épisodes en 5 min car j’arrête pas de cliquer » ^-^

        • Tiens tu fais ça aussi.
          À l’époque où je regardais pas mal de série américaine, je faisais constamment des avances rapides. Et puis je me suis dis : à quoi bon regarder, si c’est pour voir la moitié de la série. Depuis, je ne regarde plus du tout de ce genre de programme. 🙂

  3. Bonjour,
    Je vais essayer de trouver cette nouvelle version de la série de Genshiken.
    J’ai un très bon souvenir de la première série, que j’avais adorer, il y a 10 ans.
    I love Nina and this manga lol

    • Cette nouvelle saison est assez différente des anciennes. Dans les précédentes, les anciens membres du club partageaient beaucoup plus de passions que celle de Nidaime. L’essentiel des sujets de cette saison trois tournent autour des mangas homosexuels et des questionnements d’Hato. Il y a beaucoup moins de variétés dans les situations. Il faut aimer …

  4. Il est vrai que si on a aucune « culture Otaku » ou pas de connaissances concernant leur monde et leur mode de vie on risque de vite décrocher.

    Je conseille vivement de visionner les deux premières saisons ainsi que les oav qui font le pont entre la 1 et la 2 pour bien saisir l’essence de ce qu’est le « Genshiken » et les interactions entre les charas.

      • Entièrement d’accord, si l’on s’intéresse exclusivement à l’aspect travestissement.

        Mais si l’on veut mieux comprendre le pourquoi du comment, notamment pourquoi elle est acceptée aussi facilement (je pourrais avancer d’autres arguments mais là gare aux spoils), de mon point de vue, il faut comprendre (ou tout du moins tenter de comprendre) ce qu’est le monde des otakus en général et le Genshiken en particulier.

        Je recommande aussi très vivement « Kashimashi: Girl meets Girl » qui raconte comment un lycéen très timide se retrouve dans le corps d’une fille suite à une collision avec un vaisseau extra terrestre. Ce n’est pas du travestissement à proprement parlé mais ça touche quand même une problématique qui nous est chère (principalement celle de l’identité de genre et de l’acceptation). Bonus : la série est complètement déjantée

  5. Je viens de me mater la saison 3 sans pour autant avoir vue les autres et j’ai vraiment trouvé ça excellent!
    Et puis j’ai trouvé effectivement que la question du travestissement était traitée de façon différente par rapport à d’autres séries.
    Belle découverte

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