L’édito de février 2015 : la tolérance sort de la bouche des enfants

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Si presque treize ans nous séparent, la tolérance naturelle de ma petite sœur m'a appris beaucoup de choses.

Avec la charge « voluptueuse » que l’on prête aux termes « transsexuel » et « travesti », on en oublierait presque que le phénomène de transidentité touche aussi les enfants. Il y a ces « dames » qui se découvrent à la crise de la quarantaine, mais, beaucoup vous le diront et moi le premier, les premières questions de genre remontent à la toute petite enfance. À cet âge, essayer les escarpins (beaucoup trop grands !) de maman en enfilant ses colliers de perles (beaucoup trop longs !) ne relève en aucun cas d’un tabou. Mais alors, je m’interroge… Quand exactement cessons-nous d’être nous-même ?

Innocent comme l’agneau qui vient de naître

Il y a les enfants dont l’entourage familial est propice à l’épanouissement… Et ceux, au contraire, qui s’en prennent une pour leur faire comprendre « que ce n’est pas bien ». Je caricature un peu, mais le tragique et récent suicide de Leelah rappelle, si besoin est, que la tolérance n’est pas le maître-mot de tous les parents. Quand l’épanouissement personnel passe au second plan au profit de la fierté familiale (sic), la vocation de parent n’est clairement pas comprise ! Chez l’enfant, la bienveillance humaine naturelle est flagrante ; et je ne pense pas qu’à la lettre du mystérieux B. Rappelez-vous de la maternelle : en ces temps immémoriaux, existait-il des étiquettes sur le front de vos amis ? Jouiez-vous à la marelle avec votre ami noir, juif ou socialiste ? Non, il n’y avait que des « copains ». Il ne faut pourtant pas grand-chose, pour que tout bascule : la pression d’une société à plusieurs tiroirs qui nous pousse à identifier ceux qui nous ressemblent, d’une part, et ce qu’il ne faut pas être, surtout !

Et c’est à ce moment précis de l’édito que « l’éducation » entre en jeu. Préoccupation nationale, par les temps qui courent, la pédagogie, l’enseignement et la formation ont un rôle-clé dans la tolérance de nos bambins, futurs décisionnaires de notre démocratie. C’est indéniable. Mais, car il y a un mais, l’école n’a pas les plein-pouvoirs. Il ne suffit pas de tirer un levier « tolérance » pour que la France de demain se métamorphose en baguette magique. Non, c’est un processus beaucoup plus fin, beaucoup plus long que tous les parents ont le pouvoir d’actionner, à leur échelle. Sauf que tout le monde ne sait pas « transmettre » la tolérance, loin de là !

De l’acceptation « trans » à la tolérance avec un grand « T »

J’aimerais, à ce titre, prendre un exemple concret. Mon père, comme plein d’autres parents j’en suis certain, a subi beaucoup d’intolérance quant à ses lectures. Si mes grands-parents conseillaient volontiers de lire ce que la « culture légitime » propose de plus noble, mon père et ses frères prenaient plus de plaisir à lire les Marvel et autres DC Comics, Strange, Spidey et toute la clique. Ces bandes dessinées venues d’ailleurs étaient, aux yeux de mes grands-parents, vulgaires, abrutissantes et la source de tous les maux, si, si. Bien sûr, mes parents n’ont pas répété l’erreur et ont chanté les louanges à qui voulait l’entendre que tout est bon dans le Spider-Cochon.

Cela dit, ça ne les a pas empêchés de trouver la « mangasse » vulgaire, violente et abrutissante ; voire être la source tous les maux, si, si. Dans ces cas-là, on a tendance à défendre sa crémerie, aveuglément, sans même se rendre compte que l’on reproduit les actes d’intolérance de nos aïeux. Si je vous raconte tout cela, c’est pour vous rappeler qu’au-delà de discours bien lissés sur le fait que « papa aime bien porter une robe et une perruque, de temps en temps, et que ce n’est pas sale », il ne faut pas oublier que votre enfant aura sans doute besoin, lui aussi, de votre tolérance, de votre soutien et de votre amour dans une société qui se renouvelle en permanence. Ne n’oubliez jamais !

5 commentaires

  1. Récemment, en vue de faire un article sur mon enfance de travesti, je pensais à l’éducation que j’avais eue de ma mère. Et c’est vrai que je n’ai jamais vécu la moindre intolérance sur quoi que ce soit : sur les origines, le sexisme, l’homophobie et bien d’autres sujets, je n’ai jamais connu cela. Si bien que même maintenant ce sont des sujets totalement abstraits pour moi et j’arrive même à faire sans le vouloir des blagues dessus. Mon vœux le plus cher serait de réussir à transmettre les mêmes valeurs à mes futurs enfants. La tolérance doit être comme celle de nos jeunes pousses, totalement irréfléchie et naturelle.

  2. Pif Gadget est justement un bon exemple de tolérance. Certains de ses personnages véhiculaient un bonne dose d’humanisme (Rahan, Doc Justice…) ce qui n’était pas forcément le cas d’autres publications de l’époque.
    Plus sérieusement je fais partie de ces « dames qui se découvrent à la quarantaine » et par conséquent je n’ai pas souffert d’intolérance dans mon enfance, mais j’essaie vraiment d’inculquer à mes enfants que chacun à le droit de chercher son bonheur où il le souhaite et comme il le souhaite, du moment qu’il respecte le fait que « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ».
    Enfin Julien c’est touchant de voir le soutient que t’apportent ton frère et ta sœur. Tu as beaucoup de chance.

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