L'édito de novembre : le pouvoir est en toi

À chaque année, son film transgenre.

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À chaque année, son film transgenre. En 2012, Laurence Anyways pendait aux lèvres de la communauté « T ». En 2013, la magnitude médiatique provoquée par Les Garçons et Guillaume, à table ! s’estimait entre 6,0 et 6,9 sur l’échelle de Richter. Cet automne, nouvel événement du cinéma transgenre : Une nouvelle amie de François Ozon sera projeté (presque) partout en France, à partir de ce mercredi 5 novembre. L’Internet « transgenre » s’émeut, chacun(e) y allant de sa critique, de son avis, de son point de vue. Comme tous les ans, la question se pose, le débat s’enflamme : cette nouvelle œuvre de fiction sert-elle la « visibilité trans » ? Pour tout dire, certainement pas autant que votre propre engagement !

Une énième amie

Le sujet est devenu politique : valeurs de la famille, stéréotypes du genre et chanson autrichienne se hissent régulièrement au sommet des débats les plus populaires des médias français. La sortie d’un long-métrage mettant en scène un homme en robe ravive les discussions « d’éminents spécialistes » de la question. Michel Cohen-Solal, par exemple, n’hésite pas à exposer son imagination trop fertile sur les questions transgenres : « On pourrait penser à quelque chose de tout à fait malsain ou pervers dans cette double identité ». Pour ma part, non, je n’ai rien pensé de tel. Heureusement, Virginia (la Nouvelle amie qu’interprète Romain Duris) ne crache pas dans la soupe de clichés et se montre, de l’aveu même du chroniqueur, « lumineuse ».

Une nouvelle amie ne suffira pas à enrayer « l’invisibilité trans », si je puis dire. François Ozon déclarait « qu’il n’y a rien de grave à ce qu’il y ait des familles et des modèles de vies différents » ; Tootsie, Chouchou ou Hedwig n’écriraient pas le contraire ! Seulement, le cinéma transgenre n’a pas le pouvoir de changer le monde, dans sa réalité la plus conservatrice. Bono déclarait à propos du rock : « Music can change the world because it can change people. » Malgré plusieurs millions d’albums écoulés, les « Troubles » nord-irlandais ont-ils disparu ?

Un film dont vous êtes l’héroïne

Empiler les films transgenres ne suffira pas à l’acceptation des nôtres. 20 centimètres, Rendez-moi ma peau…, Mauvais Genres, Personne n’est parfait(e) : les exemples ne manquent pas et s’étalent sur des décennies. Qu’écrire de la littérature, de la musique et même du jeu vidéo où il est aussi banal de se travestir que de chasser le loot ? La fiction n’a pas troublé les lignes du monde réel, malgré la bonne intention d’artistes qui s’engagent, à leur manière, pour un monde qu’ils espèrent meilleur.

Rassurez-vous, si Virginia n’a pas ce pouvoir, vous le détenez. Pour une Madame Doubtfire, il existe des dizaines de travestis, transsexuelles, tgirls (selon votre identité) capables et fières de pallier le manque de visibilité des personnes trans. Les événements ne manquent pas : de la Marche des fiertés à l’Existrans, de nombreuses manifestations ont lieu, dans toutes les régions du territoire français. Tout le monde n’a pas cette volonté de militer, évidemment, et le plus efficace des engagements est encore d’être soi-même. Vivre sa vie sans se mentir, sans se cacher et sans prêter attention au regard des autres, voilà peut-être la clé de la « visibilité » trans.

27 commentaires

  1. je sors de l’avant première du film.

    Pas un instant n’est évoqué le mot Trans.

    Jusqu’au générique de fin j’ai été étonnée par les rebondissements du scénario, après tout, la surprise, c’est bien ce que l’on attends d’un film, non?

    Je crois comme le dit Julien, que ce n’est pas un énième film qui va changer notre place dans la société, même si on l’espère secrètement!

    Je ne dis pas grand chose sur ce film? C’est qu’il m’a laissée sans voix!

  2. Tiens, un acte de « visibilité trans » serait d’aller voir toutes et tous le film (bon ou mauvais) en fille. Je me vois déjà avec ma pancarte « Ozon le travestissement » … Oh wait, je fais comment pour rentrer dans le cinéma après ? 😀

  3. Il est vrai que du haut de mes 40 années …. j’ai vu pas mal de films abordant le sujet, de près ou de loin, d’un oeil comique ou d’un oeil dramatique et que cela n’a finalement pas ouvert les yeux des « gens ».
    Je le regarderai à coup sûr, quand j’en aurai l’occasion, mais sans de grandes attentes.

    Par contre, en effet, la visibilité de notre communauté, du travesti aux transexuel(le)s (et toutes ses nuances), ne tient finalement qu’à nous. La population transgenre est nombreuse mais invisible car « non-déclarée » (ou du moins partiellement).
    L’avènement d’internet et des réseaux sociaux etc à ce sujet nous sort progressivement de l’ombre virtuellement mais il reste encore du chemin vers la sortie du tunnel menant à la réalité.

    Les actes nous font avancer (et pourquoi pas en effet du genre se rendre au ciné travesties).
    Les films donnent une visibilité mais temporaire, marquant moins les esprits que de VOIR CONCRETEMENT des travestis dans la rue, dans des lieux publics etc

    Et comme le dit Julien, vivre sa vie sans se mentir, sans se cacher, est à mon sens (partageant cet avis) un pas plus « impactant » vers notre visibilité/existence qu’un film parmi d’autres …

    • Effectivement, comme tu le dis, beaucoup d’entre-nous peuvent être considérés comme « non-déclarés ». D’ailleurs, il est vraiment difficile de quantifier le nombre de travestis en France, sans compter celles qui ne se considèrent pas travestis et d’autres qui ne considèrent pas certaines consœurs comme des leurs. C’est compliqué :’-) !

  4. une partie de la difficulté passé un certain stade, c’est que nous ne militons plus du tout, nous sommes femmes et perçus comme telles, point. Nous disparaissons dans le moule,intégrées. Et comme la plupart du temps, c’est ce que nous voulons, pas question de revendiquer notre passé.
    Aux autres le sale boulot..

    • Ce n’est pas que c’est un sale boulot de militer, c’est juste qu’une transition est un parcours épuisant (émotions, modifications phsyiologiques, éventuelles opérations, coming-outs, …) et qu’ensuite nous aspirons à une vie normale. De fait, seul-e-s les personnes qui n’ont pas encore commencé ou qui sont en transition trouve ce besoin de militer et/ou de se soutenir.

      Sinon même ressenti que toi, le film m’a laissé sans voix 🙂 !

      Ceci dit, ayant pu approcher François Ozon pendant le cocktail, il m’a précisé ce que j’ai senti dans ce film. A savoir que le fil conducteur n’était ni la transidentité ni le travestissement mais la liberté, l’émancipation, l’identité de soi et sa relation à l’autre. D’ailleurs les deux personnages principaux sont miroir l’un de l’autre.

      • La liberté?
        Ozon, pardon, monsieur Ozon prends comme personnage principal un homme qui se sent en vie que lorsqu’il est en femme et le fil conducteur est la liberté?
        Je dirais qu’il se rends compte qu’il est passé complètement à coté de son sujet et qu’il s’en sort avec une pirouette en répondant que le fil conducteur premier est la liberté.

        J’ai trouvé que la sexualité des personnages, mise très en avant, de manière pornographique était sans rapport apparent avec leur état psychologique. Au moins comme ça je ne me suis pas ennuyée, déroutée sans cesse par le déroulement des actions…

        Je viens de mars?

        • Les deux personnages principaux vivent beaucoup par procuration, dans leur rapport avec la défunte. Ils sont dans une quête d’émancipation / liberté par rapport à ça. En tout cas, ça reste mon ressenti.

          Sinon c’est évident que Monsieur Ozon a quelques fantasmes, comme celui de peloter des jambes mal épilées dans des bas jarretières au fond d’un cinéma glauque.

          En terme de pornographie, désolée mais j’ai trouvé que c’était une photographie très lisse et des scènes d’un classicisme affligeant, bien en deçà de ce que nous sommes capable de faire dans notre communauté T … il se passe bien plus de trucs porno à la MdT dans le même laps de temps. lol.

          Le truc qui m’a vraiment dérangé dans ce film, c’est le raccourci consistant à placer l’histoire dans un milieu bourgeois. C’est vrai qu’il y a des T dans toutes les couches de la société. Mais en évacuant tout problème de frics, il évacue surtout tous les sujets difficiles de la communauté T : prostitution, discrimination au travail, précarité de logement, … . Seul intérêt de ce positionnement bourgeois, faire chier LMPT.

  5. Pour l’avoir vu en avant-première, j’ai trouvé le film sympa car je me sens directement concernée.

    Après, je ne suis pas certaine qu’il touchera les gens qui ne sont pas concernés par le travestisme. François Ozon, qui nous a habitué à bien meilleur, nous parle de ce qui me semble des fantasmes personnels, mais il ne fait pas grand chose pour accompagner le spectateur dans son délire.

    Au final, le film est pauvre dans son contenu et son message.

    • il n’y avait rien de volontairement péjoratif dans mon propos. Sinon je ne serais pas ici. Ce que je veux dire, c’est que même si je continue de revendiquer comme avant, il est de moins en moins « écrit sur mon front » que je suis trans. Petit à petit je rentre dans le rang, à moins de le faire exprès, je suis juste une femme comme les autres dans la rue (enfin plus belle que pas mal d’autres). Je perd de ma visibilité trans par conséquent je ne milite plus juste en paraissant. Jusqu’à ne plus y penser qu’occasionnellement.

      Bon, le film est en salle, des commentaires?

  6. J’ai plutot aimé le film d’Ozon, il y à des ruptures dans le rythme qui le rende captivant, porno ? avec tout ce qu’on voit sur internet !! le milieu bourgeois c’est vrais , complétement à l’écart des contigences matérielles, autrement je trouve que ce n’est pas une histoire de transsexualité , ni meme de travestissement , mais plutot l’histoire de quelqu’un qui utilise le travestissement pour surmonter le chagrin et la douleur, et je pense que c’est assez bien vu , peut-etre nous toutes faisons de meme , qui sait ?

    • encore une fois, j’ai horreur de la violence des images et j’évite de voir tout un tas de choses qui sont devenues banales pour presque tout le monde aujourd’hui (je n’ai pas la télé et je tri vraiment ce que je regarde sur le net).
      Je reconnais volontiers que je suis donc choquée assez facilement, mais je ne donne pas pour autant raison aux autres de ne pas l’être.
      Je reste persuadée que nous vivrions dans un monde meilleur si toute cette violence n’était pas si banalisée.
      Ozon n’était pas obligé de faire des scènes d’amour comme ça, on à l’impression qu’il met en scène ses fantasmes. Et en plus je trouve que cela dessert complètement l’histoire.
      Dire que ce n’est pas une histoire de trans d’aucun genre alors que la conclusion du film montre le personnage principal en femme au quotidien me parait curieux.
      Enfin, chacun y voit ce qu’il veut en fonction de sa propre histoire.
      Moi qui me trouve bien ici parce que les histoires en dessous de la ceinture y sont bannies, j’ai été choquée et déçue par ce film.

      • Je te réponds volontiers Anna, la pornographie s’est tellement banalisée que c’est de plus en plus difficile d’etre choquée !! c’est un peu triste je te l’accorde .Autrement ce que j’ai retenue de ce film c’est l’utilisation qu’il fait du travestissement pour surmonter son deuil et repartir vers la vie , le travestissement n’est pas un but mais un moyen, toi meme tu est devenue trans , (enfin d’aprés l’un de tes témoignage) pour changer ta vie , tu vois que l’on est un peu dans la meme démarche, en devenant une femme, je fais un virage à 180 ° degrés et plus rien ne sera comme avant , car pour devenir une femme crédible on ne peut pas se comporter comme un mec ! dans l’attente de lire avec intéret tes objections , bisous, Michelle

  7. Michelle,
    Objection? Quel grand mot. Je ne sais pas si je me suis mal exprimée dans ce que tu as pu lire. Tu dis que je suis devenue trans. En fait j’ai toujours été une femme dans ma tête et dans mon coeur. Je me souviens très bien que c’était clair dans ma tête dans ma prime enfance, mon expression à été étouffée très violemment à l’époque. Cela à été efficace puis que je suis restée tranquille jusqu’au début de l’adolescence. J’ai refoulé tout cela pour essayer d’avoir une vie dans la norme. Jusqu’à ce que mon naturel reprenne le dessus.
    Comme toutes mes consoeurs trans, je ne suis pas devenue trans, je suis née trans.
    Aujourd’hui, je suis juste une femme avec une particularité de parcours de vie. Je n’ai pas de difficulté dans mon comportement et ma crédibilité car c’est naturellement que je m’exprime dans le genre qui est le mien.
    C’est plutôt avant, pendant ces années ou j’ai joué à paraitre l’homme que j’ai été obligée de jouer un personnage pour être crédible.
    Bises

  8. Je lis dans les commentaires cette discordance, à rallier tv et trans.
    Je me suis retrouvée dans ce film, les scènes, propos et moments de la vie d’un(e) Tv reflètent bien notre passion. En ce sens on sens que le sujet a été bien fouillé, pour être bien restituer, certes le choix d’une bourgeoisie permet de sortir le sujet du ghetto, genre banlieue pour mieux sublimer la photo et réaliser aussi que le féminin touche toutes les classes.
    Comment ne pas aborder travestissement et ambiguïté , il suffit de voir la scène au cinéma, je ne sais pas si Ozon c’est projeté dans cette scène ,je ne crois pas, quoiqu’il en soit il témoigne de nos envies, d’une sexualité ouverte.
    Certains semblent avoir vus que la partie sexuelle, elle n’est pas à mes yeux si importante, et d’autres part elle relève que la sexualité est partie prenante de l’homme (même si je sais que ce site se veut asexué)
    Enfin le personnage se travesti avant et pendant son mariage mais la fin du film avec ce couple de femmes et le petit main dans la main avec son père, confirme bien que Ozon nous parlait bien de liberté, celle de vivre nos vies en accord avec nous mêmes.
    Et pour celles qui sortent en filles, elles savent de quoi je parles. Même si ce film est un tout petit pas, c’est déjà à mes yeux une avancée aussi fine soit elle, je le vois par moi même lorsque je sors et que j’ai droit à un sourire de connivence à la pompe à essence ou chez le boulanger.
    bisous à toutes

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