Sur XXY, nous avons parlé en long, en large et en travers de ce qu’il fallait faire pour réussir à se travestir. Un guide entier est consacré au sujet, c’est dire. On parle bien plus rarement, cela dit, de ce qu’il ne faut surtout pas faire. Dans ce billet, nous discuterons des erreurs qu’il convient d’éviter pour s’épanouir en toute sérénité. Attention aux pièges !

Éviter de se ruiner

Lorsque l’on débute dans le travestissement, tout un pan de produits consommables – jusqu’alors chasse gardée des femmes –  s’ouvre. Petites robes, maquillage, eaux de toilette, chaussures, produits de beauté, bijoux : absolument tout devient tentateur. Les promenades s’allongent à force de lèche-vitrine, le facteur passe tous les matins et vos économies se réduisent comme peau de chagrin.

C’est logique de dépenser comme un matelot ivre – excusez l’expression – puisqu’il faut fatalement remplir sa « nouvelle » garde-robe. Attention, néanmoins, parce que l’on finit par stocker plus que l’on ne s’équipe. Alors oui, beaucoup de consœurs expliqueront qu’elles ne fonctionnent qu’au « coup de foudre » et qu’elles ont besoin d’avoir le déclic pour acheter ; pourtant, quand on regarde certaines garde-robes, c’est à croire qu’elles vivent sous un cumulonimbus !

Dans ses premiers achats, il faut savoir être pragmatique et distinguer ce dont on a envie de ce dont on a besoin. C’est humain : dès que l’on possède puis porte un nouveau vêtement, il devient un peu moins « cool » qu’un vêtement tout neuf que l’on a encore à découvrir. C’est ainsi qu’un jean tant désiré devient le mal-aimé de vos placards, et c’est aussi pour cela que des acheteurs compulsifs se retrouvent avec une cinquantaine de perruques et autant d’escarpins…

Éviter l’over-féminité

Le sujet a maintes fois été discuté sur le site et son forum : il n’est pas nécessaire de forcer le trait pour devenir ou paraître femme. Au contraire ! Les plus fins observateurs vous diront que les femmes de votre entourage sont, en général, une source sûre d’inspiration ; autrement plus sûre que les modèles photographiés pour une publicité Gucci qui sont maquillées par des pros et retouchées sous Photoshop.

Il faut bien comprendre qu’une femme ne correspond pas nécessairement à l’image fantasmée de la femme par l’homme. Les travestis débutants ont tendance à imaginer qu’en poussant la féminité jusqu’au bout des ongles, le passing n’en sera qu’amélioré. À ce petit jeu, il est possible de pousser l’obsession jusqu’à un détail quasi-maniaque : manucure impeccable, maquillage dramatique, cheveux sauvagement ondulés, jupe courte, talons hauts, boucles d’oreilles hyper longues et tintements de bracelets retentissants…

Gardez bien à l’esprit que la « féminité » ne s’exprime pas si ostentatoirement dans la vie de tous les jours. D’ailleurs, la beauté prend de nombreux visages et il ne faut jamais douter de sa forme la plus naturelle. Il n’y a pas besoin de tant d’artifices que cela pour devenir « elle » et vivre dignement sa vie de travesti. Pour être tout à fait franc envers celles qui ne jurent que par le passing, il arrive un moment où trop de « féminité » tue la féminité, desservant la crédibilité. Le but du jeu, j’en suis sûr, n’a jamais été d’être un phare que l’on repère au milieu de la nuit. Attention à ne pas devenir un sapin de Noël, donc.

Éviter de jouer un rôle

Je ne l’écrirai jamais assez : soyez vous-même. Se travestir est avant tout une quête pour se trouver, non pas pour devenir quelqu’un d’autre. Pourquoi, dès lors, jouer un « rôle féminin » ? Lors de ses premières sorties, il peut arriver que l’on ne sache pas trop comment agir, de peur de sembler trop bourru et trop « masculin », à cause des gestes et de la voix. Un étrange réflexe – mais néanmoins humain – est d’adopter une attitude caricaturalement féminine, avec une voix plus aigüe que la normale et des mouvements peu naturels, mimant des manières féminines.

Soyez vous-même. Qu’ajouter de plus ? Il n’y a rien de plus suspect ni de plus « étrange » qu’agir en tentant de paraître quelqu’un d’autre. Tout le monde n’est pas comédien et n’a pas le talent inné d’improviser un rôle.

De la même manière, je ne peux que vous encourager pleinement à assumer qui vous êtes. N’ayez pas honte de votre métier, ni de vos passions, que diable ! Il y quelques années, j’ai lu un ouvrage intitulé Osez changer de sexe qui expliquait, non sans humour, qu’une femme se devait de parler chiffon tandis que les discussions politiques ou autour du sport se réservent à ces messieurs. A-t-on lu depuis quelque chose de plus sexiste ? Aimer le Paris Saint-Germain ne fera pas de vous une femme moins adorable, c’est promis.

Éviter d’être dépassé par l’ampleur de la tâche

Se travestir, d’une certaine manière, peut s’assimiler à l’entretien d’une maison ou d’un jardin. Plus on tarde à réaliser les gestes simples du quotidien, plus la prochaine journée de ménage s’allonge. Même topo côté travestissement : laisser en « friche » votre féminité rend les séances plus difficiles : épilation des sourcils, rasage de près et j’en passe ; il est très facile de « procrastiner ».

Pour éviter que la flemme ne s’empare de votre bonne volonté, une bonne idée peut être d’organiser un planning hebdomadaire où l’on inscrit consciencieusement tout ce qu’il faut faire, comme : limer ses ongles le lundi, se raser les gambettes le mardi, etc. Au moins, ces gestes de quelques minutes vous assureront de ne jamais vous transformer en wookie et puis, une fois le week-end venu, vous n’aurez qu’à enfiler votre jolie robe et profiter de votre féminité !

Les sessions d’un travesti débutant se comptent en heures, tant il est long de se maquiller et de se coiffer, quand on n’a pas l’habitude. Il y a de quoi en décourager plus d’un ! Avec le temps et la pratique, les heures deviendront des minutes alors n’abandonnez pas et entraînez-vous autant que possible. Au bout du chemin, il vous sera facile, aisé et rapide de devenir « elle ».

Éviter l’overdose de travestissement

Non, non, je ne plaisante pas ! Comme tout le monde, vous vous dites que vous ne vous lasserez jamais de vous travestir – moi non plus ! – et que si vous aviez la possibilité de vivre en robe 24:7, vous le feriez. Mais il faut savoir décrocher le cerveau, parce que le travestissement devient vite envahissant. Au travail, en cours, pendant votre séance de cinéma : vous ne pensez qu’à ça, tout le temps ! « Quand me travestir ? Quelles chaussures porter ? Est-il raisonnable d’acheter cette petite robe qui me plaît tant ? » Il ne faut pas pour autant oublier les autres « grosses pierres » de la vie, même s’il est évident qu’être soi-même en est une.

Pire encore, en ne parlant que de travestissement autour de soi, cela peut virer à l’obsession sans que l’on ne s’en rende compte. Il n’y a rien de tel que remettre un sujet sur le tapis encore, encore, et encore pour en dégoûter son auditoire. Bien sûr, je ne peux que vous encourager à vivre votre féminité « à fond », mais croyez-moi, votre compagne, vos proches ou vos amis ont aussi envie – et besoin ! – de discuter de tas d’autres choses.

J’espère que ces quelques lignes pourront vous aider à éviter les écueils habituels que les travestis connaissent. Oh, ne vous inquiétez pas, nous tombons toutes et tous dans les pièges. Mais, j’en suis sûr, en enjamber quelques-uns vous pourrait vous permettre un épanouissement plus rapide.

Et n’oubliez pas, soyez vous-même.

11 commentaires

  1. Bravo Julien pour cet article rempli de conseils avisés,
    pour un travestissement bien pensé !
    A mettre des talons, outre tomber sur le derrière,
    on tombe parfois dans ces travers … 🙂

    Bises,
    Véro

    • Merci, Vero 😉

      D’un côté, j’avais pensé conseiller des choses-bateau, comme ne pas porter de talons trop hauts, choisir une perruque de la bonne couleur, enfin ce genre de choses qu’on entend encore et toujours. Je me suis dit qu’il fallait toucher le fond du problème, enfin j’ai essayé en tout cas 🙂 !

  2. Je partage totalement les conseils de Julien et me les applique depuis déjà très longtemps. Le travestissement doit être avant tout cérébral avant qu’il ne soit physique. Bravo pour ce site que je ne connaissais pas. Je pense y revenir souvent avec autant de bonheur qu’aujourd’hui.
    Charline

  3. Au début de l’article tu poses la question de ce qu’est la féminité, qui à mon avis est LA question qu’il faut garder en mémoire. On est différemment femme à 16, 25, 30, 40, 50 ans et au-delà, et la féminité ne se situe pas que dans l’apparence, qui est la partie visible de l’iceberg.
    « une femme ne correspond pas nécessairement à l’image fantasmée de la femme par l’homme », écris-tu. Vrai : il n’est qu’à observer nos compagnes dans la vie de tous les jours : elles auront tendance à s’habiller fonctionnel, pratique, gardant la tenue habillée, sexy pour les soirées. Elles peuvent avoir les cheveux courts, n’être pas épilées, arborer une paire de leggins sous une robe, pas de bijoux ; une femme en survêtement n’en est pas moins une femme, une femme en dessous de coton est toujours une femme, et pas malin est le type qui rêve de voir sa dulcinée revenir du bureau en mini-cuir, corsage satin et porte-jarretelles. On n’est pas à la télé !
    Ensuite, tenir compte de l’environnement (et du regard de l’autre, en tenir compte permet d’être bien avec soi et s’éviter la mise à l’index et autres soucis plus graves ) : la féminité ne s’exprimera pas de la même façon a Paris et en banlieue, en ville moyenne et dans un contexte rural.

    • Quand on se questionne sur la féminité et que l’on me répond avec des qualificatifs superficiels. Je ne sais pas si je dois me marrer ou trouver cela avilissant (ceci est une réflexion générale).

      Bref, souvent une question dont les réponses sont souvent peu convaincantes. A défaut, je préfère éviter de me la poser ^^

    • Pas forcément, non. Se travestir, s’habiller « en femme », se métamorphoser – peu importe comment on appelle ça – n’est pas forcément une quête vers la féminité. Pour beaucoup, c’est avant tout une quête vers « soi-même », sans pour autant se sentir femme ou vouloir se sentir femme.

Répondre