Qui sont les transgenres ? Dans cette chronique, nous allons le découvrir en partant à la rencontre de personnalités différentes aux aspirations étonnantes. Loin des célébrités que l’on ne présente plus (Caitlyn, Andreja, Laverne), des projecteurs et des chaînes YouTube à plusieurs millions d’abonnés, les Rencontre d’un autre genre évoquent la vie. La vôtre, la nôtre. Bonne lecture !

Julien d’Andromède – Bonjour et merci de participer aux Rencontres d’un autre genre ? Où et quand a commencé ton travestissement ?

Jaina – Je m’appelle Jaina, j’ai 32 ans et je vis dans le sud de la France. Bien évidemment, Jaina n’est pas mon vrai prénom, mais je l’ai trouvé adéquat pour mon pendant féminin, car il entre en résonance avec un surnom qu’on me donnait à la fac. Pour ceux qui sont familiers avec l’univers de Star Wars, il faut savoir que Jaina est la fille de Han et Leia ; en tout cas, dans l’ancienne continuité qui n’a plus court depuis la sortie du Réveil de la Force.

Comme vous vous en doutez, je suis un grand fan de Star Wars, c’est un univers qui me fait rêver, voyager. Je suis un grand rêveur ; j’aime découvrir des histoires qui sauront réveiller en moi toute une foule d’émotions, quel que soit le support (cinéma, séries, livres, BD, jeux vidéo). J’ai une imagination débordante, ce qui me pousse à créer beaucoup. Je suis actuellement en train d’écrire un roman d’aventure, dans l’espoir d’être publié un jour, et ainsi faire découvrir à tous toutes ces histoires qui gravitent dans mon esprit. Je m’amuse aussi à faire des films de fiction.

« Je suis un grand rêveur ; j’aime découvrir des histoires qui sauront réveiller en moi toute une foule d’émotions. »

En fait, j’aime explorer. J’ai commencé à voyager il y a peu, et c’est quelque chose que je conseille à tout un chacun. Il n’y a rien de tel pour s’ouvrir l’esprit. Mais mon goût de l’exploration ne se limite pas au monde extérieur. J’ai une grande fascination pour tout ce qu’on pourrait appeler le monde intérieur, celui de notre esprit, de notre inconscient. C’est un monde qui recèle des trésors tout aussi incroyables que le monde qui nous entoure.

C’est sans doute pourquoi j’aime explorer cette partie féminine de ma personnalité. Le travestissement est une histoire qui a commencé il y a bien longtemps pour moi. Vers l’âge de 5 / 6 ans, je crois. A l’époque, j’enfilais en douce les collants de ma mère. Puis, en grandissant, il m’en a toujours fallu plus. Je poussais à chaque fois la transformation un peu plus. Un nombre incalculable de fois, je me suis dit qu’il fallait que j’arrête. Mais ça ne durait jamais, et l’envie revenait toujours plus forte.

Quand j’ai commencé à habiter seul, j’ai pu m’en donner à cœur joie, et avec mes premiers salaires, j’ai pu acquérir tous les éléments manquants pour une transformation complète. Il m’a fallu quelques années de tâtonnements et d’essais en tout genre pour enfin en arriver à cette version de Jaina que je n’ai plus peur de présenter au monde.

Julien d’Andromède – Lorsque l’on parle du genre, tu déclares être « blond vénitien ». Tu nous expliques ?

Jaina – Je n’aime pas me qualifier de travesti. Et malgré le nombre étendu de termes pour essayer de qualifier les gens différents que nous sommes, aucun n’a jamais réussi à trouver grâce à mes yeux. Sans doute parce qu’ils n’ont pour but que de nous ranger dans des cases, ce qui me déplaît. Nous sommes tous différents et uniques. On gagnerait tellement à découvrir les personnes pour ce qu’elles sont, au lieu de les voir à travers le prisme des préjugés.

L’autre chose qui me gênait dans les différents termes comme travesti, transgenre, transsexuel et autres, c’est qu’aucun d’eux ne reflétait réellement la façon dont je me percevais. Et puis un jour, il n’y a pas si longtemps, j’étais en voiture, mon esprit vagabondant comme il sait si bien le faire, et j’ai eu cette idée de blond vénitien.

« Nous sommes tous différents et uniques. On gagnerait tellement à découvrir les personnes pour ce qu’elles sont, au lieu de les voir à travers le prisme des préjugés. »

Blond vénitien est la couleur de mes véritables cheveux, et pour ceux qui ne savent pas, c’est une couleur à mi-chemin entre le blond et le roux. Suivant la période de l’année, suivant les conditions climatiques, suivant la longueur de mes cheveux, suivant la luminosité, le blond ou le roux va plus prédominer dans la couleur de mes cheveux. Et même suivant le regard des gens, certains verront plus du roux ou du blond. En résumé, suivant les circonstances, je vais plus ou moins osciller vers le blond ou vers le roux.

En repensant à cette caractéristique si particulière de mes cheveux, je me suis dit que ça correspondait parfaitement à la définition que je me faisais de mon travestissement. En fait, il suffit juste de remplacer les termes blond et roux par homme et femme, et on obtient une définition très juste de qui je suis. Suivant mes envies, les moments, je vais avoir plus tendance à montrer mes aspects masculins ou féminins. Je me ballade constamment à la frontière de ces deux mondes, penchant, suivant les moments, plus d’un côté ou de l’autre. Mon équilibre se situe quelque part entre ces deux composantes essentielles de ma personnalité, et je peux à loisir explorer en profondeur l’un ou l’autre côté.

Julien d’Andromède – Quels sont les meilleurs moments que t’aient apporté le travestissement ?

Jaina – Mon travestissement est souvent une activité solitaire. Je laisse exprimer ma part féminine, en général le week-end, quand je suis seul chez moi. Dans ce contexte, chaque sortie poussée par une une raison légitime est un événement en soi. Quand je parle de sorties légitimes, je pense à des soirées déguisées, ce qui arrive assez souvent avec les groupes d’amis que je fréquente ! C’est toujours une occasion joyeuse de montrer la partie féminine de mon être. Je fais d’ailleurs sensation à chaque fois auprès de mes amis, à tel point qu’ils redemandent régulièrement le retour de Jaina pour mon plus grand plaisir.

Mais assez étrangement, c’est quand je suis en homme que le travestissement m’apporte ce qu’il y a de meilleur. Je m’explique. Il y a quelques années, environ 3 / 4 ans, j’ai atteint un niveau de transformation très poussé. J’ai enfin trouvé mon propre style, ce à quoi je voulais vraiment ressembler en femme. J’avais acheté une perruque rousse. Et la première fois que je l’ai mise, après m’être habillée et maquillée avec minutie, j’ai été époustouflée par mon reflet dans le miroir. J’ai su à ce moment que j’avais atteint l’expression la plus parfaite de cette part féminine en moi.

Un sourire est alors né sur mon visage, un sourire que je n’avais encore jamais vu sur moi, un sourire dont je ne me serais jamais cru capable. Il était si épanoui, si spontané, si sincère. C’était comme s’il remontait des tréfonds de mon âme.

Au fil des ans, à chacune de mes transformations, ce sourire revenait, toujours intact. C’est d’ailleurs grâce ce sourire que je vois la femme dans le miroir prendre vie. Tant qu’il n’apparaît pas, j’ai l’impression que la transformation n’est pas complète, et que du coup, mon passing est imparfait.

« Un sourire est alors né sur mon visage, un sourire que je n’avais encore jamais vu sur moi, un sourire dont je ne me serais jamais cru capable. »

Mais depuis un peu plus d’un an, j’ai l’immense joie de voir ce sourire s’épanouir sur mon visage même quand je ne suis pas en femme. Même en homme, je suis désormais capable de sourire franchement, radieusement. Et ça se ressent dans mon quotidien, dans mes rapports avec les gens qui sont allés en s’améliorant considérablement. On me complimente régulièrement sur cette joie qui jaillit de moi, presque en permanence.

C’est ça ma plus grande joie, de constater les effets prodigieux de l’acceptation de mon travestissement sur mon être. Ce sourire est l’expression de cette acceptation.

Julien d’Andromède – Quels obstacles as-tu rencontrés dans ton parcours de travestissement et comment les as-tu franchis ?

Jaina – Le plus gros obstacle que j’ai eu à franchir a été ma propre acceptation de qui j’étais. Pendant très longtemps, j’ai laissé ma peur du regard des autres dicter ma conduite, au point de refouler au fond de moi toute une partie de mon être, à essayer de cacher en permanence tout ce qui, dans mon comportement, aurait pu trahir qui j’étais réellement.

Il a fallu que j’attende mes 30 ans pour enfin commencer à faire face à ma vraie nature. J’étais en pleine crise identitaire : incapable de savoir qui j’étais, et de la direction que je voulais faire prendre à ma vie. J’ai alors pris une des décisions les plus importantes de ma vie : aller voir une psychanalyste. J’en ai retiré des bienfaits que je ne soupçonnais même pas. J’ai enfin pu me connecter avec moi-même, être en accord avec ce que je suis au plus profond de moi.

J’ai enfin accepté cette part féminine de ma personne, et je l’ai laissée transparaître au quotidien, sans chercher à la réprimer sans cesse. J’étais enfin moi, et ça s’est ressenti dans mes relations sociales qui ne se sont jamais aussi bien portées. Quand j’affirme que je suis blond vénitien, ce n’est pas depuis bien longtemps !

« Il a fallu que j’attende mes 30 ans pour enfin commencer à faire face à ma vraie nature. »

Mais il me reste encore du chemin à parcourir. La peur du regard des autres, de leur jugement est encore présente. Je n’ose toujours pas sortir au grand jour en femme, sauf quand une occasion légitime se présente. Pourtant, j’ai atteint un degré de transformation où je pourrais leurrer à peu près tout le monde. C’est ce que me disent les gens qui me voient en femme.

Des amis très proches sont au courant pour mon travestissement. Et je les remercie de leur regard sans jugement, de leur amitié qui ne s’est pas effritée lorsque je leur ai annoncé cette nouvelle. Ils ont compris que le travestissement était une composante essentielle de ma personne, et en tant que tel, c’était aussi grâce à ça qu’ils m’appréciaient.

Julien d’Andromède – Quel est le conseil que tu souhaiterais donner à celles et ceux qui te lisent ?

Jaina – Trouvez au fond de vous qui vous êtes réellement et soyez à l’écoute de cette personne. La psychanalyse est un bon moyen pour y parvenir. Dès qu’on est en accord avec soi-même, le champ des possibles qui s’ouvre à nous semble infini. Il n’y a de limites que celles que l’on s’impose. J’en suis un parfait exemple !

Julien d’Andromède – Merci d’avoir répondu à ces quelques questions pour XXY ! À très bientôt sur Troisième Sexe et je te souhaite le meilleur des épanouissements.

Répondre