Hedwig and the Angry Inch

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Ne vous fiez pas aux perruques platine et aux maquillages tapageurs. Hedwig and the Angry Inch, paru en 2001, n’est pas l’un de ces drag-queen movies dont on discute souvent dans ces chroniques. Hedwig n’est d’ailleurs pas une artiste-transformiste mais une chanteuse de rock transsexuelle. Son passé et ses combats sont loin d’être les plus gais du septième art… Mais la narration délirante et la mise en scène pleine d’énergie font de ce musical une œuvre unique en son genre et une perle d’inventivité.

Avant de devenir le film culte de 2001, Hedwig and the Angry Inch était un musical de 1998, porté par John Cameron Mitchell. Cela rappelle bien évidemment The Rocky Horror Picture Show qui a connu, dans les grandes lignes, un parcours similaire. Le rapprochement ne s’arrête pas ici puisque Hedwig and the Angry Inch rassemble lui-même des fans déguisés au cours de ses séances de minuit.

Wer ist Hedwig?

Hedwig est l’un des personnages les plus complexes du septième art… Et ce n’est rien de l’écrire ! À commencer par son genre : Hedwig n’est pas transsexuelle suite à un désir de changer de sexe. Né à Berlin-Est, Hansen rencontre Luther, un G.I. américain dont il tombe fou amoureux. La seule façon de quitter la RDA est de changer de sexe et de se marier avec son Jules. Hélas, l’opération rate et il reste entre les jambes d’Hedwig, son nouveau nom, un monticule de chair, un « inch » qui n’est ni un pénis, ni un vagin.

Un an après, Luther divorce et elle se retrouve seule aux États-Unis. Elle fait la rencontre de Tommy Gnosis, rock star en devenir, qui tombe amoureux d’Hedwig avant de faire carrière avec les chansons qu’elle a écrites. De son côté, Hedwig et son propre groupe de rock, « The Angry Inch » (nommé d’après son petit bout de peau), poursuivent Tommy pour récupérer les droits des compositions.

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Les origines de l’amour

Le moins que l’on puisse écrire est que la vie n’a pas épargné la pauvre Hedwig. Pourtant, jamais le film ne se transforme en mélodrame ou en tragédie : une extraordinaire énergie se dégage de la bande-son sous influence « 70’s ». Musical oblige, les moments-forts sont les chansons. La plupart d’entre elles racontent le passé d’Hedwig et notamment sa vie amoureuse aux antipodes des contes de fée.

L’une des musiques, intitulée The Origin of Love, raconte le mythe de l’androgyne et fait référence au discours d’Aristophane dans le Banquet de Platon. Pour résumer à ceux qui séchaient la philo, chaque être humain était à l’origine double : deux hommes, deux femmes ou encore un homme et une femme. Les Dieux apeurés par le pouvoir des « êtres » à la fois homme et femme les séparèrent en deux. Chacun recherche depuis lors sa moitié. Il va sans dire que ces dialogues de Platon trouvent toujours un écho 2390 ans après leur rédaction !

L’androgynie n’est d’ailleurs pas qu’un mythe, dans le film. Le groupe « The Angry Inch » n’est pas composé que d’une transsexuelle rock-star (ou presque) mais aussi, par exemple, de musiciens au maquillage bien prononcé. Certains diront que c’est l’influence « néo-glam » qui le veut mais que dire de Yitzhak ? Difficile de croire que derrière ce bad boy à la virilité troublante se cache en réalité la douce Miriam Shor. Si la relation entre Yitzhak et Hedwig est pour le moins ambigüe, il faut reconnaitre que l’un et l’autre se complètent parfaitement.

Sois toi-même

Si Hedwig a fait le choix d’une « transition », ou tout d’une moins d’une ablation du petit Jésus à col roulé, ce n’est clairement pas pour être elle-même et devenir la femme qu’elle a toujours rêvé d’être, comme vous l’aurez compris. La sensation de ne pas être la bonne personne au bon endroit se ressent tout au long du film.

Bien sûr, le simple « look » de Hedwig fait réfléchir puisqu’elle pousse la féminité au-delà de la simple perruque ou du rouge à lèvres. Si Hedwig est aussi éloignée d’elle-même, on peut se demander pourquoi sur-jouer ainsi la femme qu’elle n’est pas forcément ? La chanson Wig in a Box interroge puisque que comme elle le chante, Hedwig n’est que temporairement une femme et « redevient elle-même au réveil ». Cela déplace les lignes : Hedwig est-elle une transsexuelle, un travesti, une mutilée ? Difficile d’y répondre, mais ce qui est certain, c’est qu’elle n’est pas elle-même.

Le plus frappant est le décalage qu’il existe entre le talent des Angry Inch et les lieux dans lesquels ils se produisent. Si nos rockeurs égayent le diner’s à moitié vide du coin ou le buffet à volonté de poissons, c’est surtout – et encore une fois – à cause de cette quête de l’autre puisque le groupe suit Tommy dans sa tournée. On peut aussi évoquer le personnage de Tommy lui-même, obsédé par le protestantisme et devenu star du rock un peu par hasard, puisqu’il ne saisit même pas toute la portée des chansons qu’il chante.

De Broadway à Hollywood à Broadway

Dans ces chroniques, on discute souvent de films qui font l’apologie de la liberté d’être soi-même, où les lignes des genres gagnent en flexibilité. Hedwig and the Angry Inch fait office d’exception puisqu’il met en scène une héroïne qui, finalement, en poursuivant une quête amoureuse s’est largement perdue. Bien évidemment, les interprétations sont nombreuses car la fin est pour ainsi dire ouverte et je suis vraiment curieux de lire les vôtres.

Pour l’anecdote, grâce au succès du film, le spectacle a perduré, à l’image de Kinky Boots, par exemple, dont nous avons déjà parlé. Aujourd’hui, c’est Neil Patrick Harris – alias Barney Stinson pour les intimes – qui joue le rôle d’Hedwig. Le choix me paraît plus que judicieux puisqu’il a beaucoup de points communs avec John Cameron Mitchell, l’Hedwig « originale » si je puis dire.

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Si vous étiez habitués aux costumes de Barney, vous risquez d’être surpris !

16 commentaires

  1. J’ai vu Hedwig and the Angry Inch il y a quelques années et je n’avais pas aimé ce film : trop spécial, pas vraiment concerné et puis soyons franc, à l’époque je n’étais pas fan des films chantés (trop de Disney sans doute 😉 ).
    Mais avec ta critique, le visionnage des clips (bien sympa) et l’évolution de mon cinéma, je vais volontiers redonner une chance à ce film.

  2. J’ai vu ce film pendant les vacances. Et j’ai beaucoup aimé. Moins que Kinky Boots, parce que l’ambiance est surprenante. Mais quand même. J’ai été impressionné par les prestations musicales et le maquillage notamment.
    L’histoire en elle-même est un peu sombre, mais, globalement, ça se suit très bien.
    En revanche, je suis sur les fesses pour Miriam Shor. Je me disais aussi qu’il était canon en nana… 😀

    Et je n’avais pas tilté que c’était Neil Patrick Harris qui faisait l’interprétation de Hedwig à Broadway. Du coup j’ai envie de voir le pestacle maintenant.

  3. J’ai le DVD de ce film que j’adore. A l’inverse de Nina, j’aimes beaucoup les film musicaux (sauf les Disney comme Nina) ou les films sur la musique et je suis fan de Rock, je me rappelle avoir acheté en même temps que “Hedwig and the angry inch”; “This is Spinal Tap” pas de Travesti dans celui-là mais de la bonne musique et un groupe complètement déjanté. Pour ceux qui aiment les musicaux Rocks ou pas, je vous conseille aussi “Empire records”, “Rock of Ages”, “down with love”, “Chicago” et pour les (bons) films sur la musique, “The doors”, “Walk the line”, “Ray”, “Tina” et “Almoust Famous”
    Pour aller à Broadway voir le spectacle, est-ce qu’on peut faire un groupe ? En nous voyant arriver les agents de l’immigration n’en croiront pas leurs yeux :p

  4. J’avais decouvert ce film il y a un moment en cherchant une version DVD de Priscilla, au premier visionnage (et la je rejoins Nina) j’ai pas vraiment accroché, par rapport au scenario (j’ai trouvé l’idée de depart assez bonne), mais le coté comedie muscicale gnan gnan… Bref rangé sur l’etagere puis un peu oublié, jusqu’a l’occaz d’un rangement (beaucoup plus tard), et la j’ai pris le temps d’ecouter les morceaux et pas seulement de les regarder ( balaize hein ?!). Du coup c’est un bon film, bon ok pas mon preferé dans le genre, mais un bon film.

    ha j’allais oublié, j’ai pas aimé Gravity (a part les images de la terre vue de l’espace qui sont grandioses),
    what else ?…lol

    @Aurelie a ta liste on peut ajouter “The Commitments”, “School of rock”, “Tenacious D in : The Pick of Destiny”, “Footloose” celui de 1984 pas celui de 2011 et sinon la pour le moment j’ai plus d’idée.

    • Lorène d’accord avec toi pour pas mal de chose en premier lieu “Gravity” (Désolée Nina) et aussi pour “the commitments”, Joe Black est génial dans “School of rock” et Kevin Bacon dans “Footloose” et donc maintenant il faut que je trouve The Pick of Destiny pour enrichir ma culture musicocinématographique 😉

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