Accueil Une Je voulais vous l’entendre dire par Marjorie Demeaux

Je voulais vous l’entendre dire par Marjorie Demeaux

Que faisiez-vous, il y a dix ans ? En ce qui me concerne, je me préparais aux épreuves de première du baccalauréat. Autant vous dire que cela ne nous rajeunit pas… Marjorie Demeaux, de son côté, entamait la rédaction de Je voulais vous l’entendre dire, son roman qui a demandé dix ans de travail avant d’arriver à son terme.

je_voulais_vous_l_entendre_direJe voulais vous l’entendre dire est disponible sur Bookelis aux tarifs de 15€ pour la version papier et de 10€ pour la version PDF.

Une rencontre impossible

Maude et Nicolas ne se connaissent pas, ils vivent pourtant au même étage d’un immeuble niçois. Tout semble propice pour que l’une et l’autre se rencontrent mais un jeu de chassés-croisés et un concours de circonstances les empêchent de de faire connaissance. Je voulais vous l’entendre dire n’est cela dit pas qu’une simple histoire de rendez-vous raté et si l’auteure, comme elle l’annonce, n’a rien d’une romancière, elle a tout de même réussi à raconter une histoire de prime abord ordinaire au développement inattendu.

Écrire ? Un rêve !

Je cite Marjorie : « autodidacte dans la vie, quelques lacunes en français, je n’ai aucune ambition littéraire ». C’est vrai : le roman est parsemé de coquilles et des petites erreurs se découvrent au fil des pages. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable à lire mais ça ne gâche pas non plus la construction de l’œuvre.

Pour le coup, on ne comprend pas forcément où nous emmène l’auteure au cours des premiers paragraphes et, petit à petit, à mesure que la diégèse progresse, le lecteur recolle les morceaux. La révélation finale demande un petit effort d’imagination et l’acceptation du pacte de lecture : c’est un véritable coup de théâtre qui conclut le roman. Mais c’est plutôt bien mené puisque cela peut même conduire à une deuxième lecture : certains passages ont alors une saveur différente.

Certes, Marjorie « ne recherche pas le prix de littérature » comme elle le dit, mais le roman est assez bien ficelé et réfléchi pour vous toucher droit au cœur.

L’histoire d’une transition

Le synopsis de l’œuvre nous parle de transidentité, ce qui est loin d’être évident à la première approche. Pourtant, c’est bel et bien ce que nous donne à lire le roman : la description simple d’un fait de société dont on parle finalement peu. Il faut parfois du temps pour que les personnes transgenres s’acceptent et partent à la recherche de leur équilibre. J’aimerais vous l’entendre dire prend aussi son temps pour poser le sujet qui reste voilé pendant très, pendant trop longtemps.

Ce qu’il faut savoir, c’est que le livre a été écrit alors même que Marjorie Demeaux était en transition. Le parallèle est du coup facile à faire avec la vie de l’auteure, et on se demande toujours quels sont les éléments autobiographiques et quels sont les passages qui relèvent de la fiction. Ce projet reste cependant un bel exemple à suivre pour tous nos consœurs en pleine reconstruction : la ténacité dont a fait montre Marjorie pour que ce livre devienne une réalité pourrait nous inspirer toutes et tous. Sans être une écrivaine, elle est arrivée à accomplir son rêve. Et vous, quel est le vôtre ?

Marjorie répond !

marjorie2Julien d’Andromède : Bonjour, Marjorie, et félicitations d’avoir sorti un livre après dix ans de travail ! La question que l’on se pose à la lecture est de savoir à quel degré ce roman est-il autobiographique ?

Marjorie Demeaux : C’est difficile de répondre à cette question. La parole vraie se confond dans une histoire inventée. La parole de Nicolas et de Maude : bien sûr que c’est la mienne, mon vécu, mes pensées, mes réflexions.

Sauf que placée dans une histoire inventée, avec des personnages qui n’existent pas, cela en devient davantage une parole, bien plus pour une vie souhaitée du côté de Maude qu’une histoire autobiographique me concernant au moment d’écriture.

Julien d’Andromède : Si j’en crois tes messages à la publication du roman, ce fût un long travail que tu n’as jamais abandonné. Le projet te tenait-il surtout à cœur pour le message que tu voulais y faire passer ?

Marjorie Demeaux : Je l’ai écrit sur une très longue période, une dizaine d’années. Tu connais très bien nos vies d’alternance entre rejet de ce que nous sommes et d’assumer complètement. L’écriture avait lieu paradoxalement dans les périodes les plus sombres.

L’idée du roman plutôt que la biographie, c’est tout simplement parce que je voulais tenter autre chose. Des biographies il en existe pléthore, et une de plus, je me disais « et pour quoi faire » ?

Je voulais montrer que l’on pouvait tant bien que mal faire coexister nos deux vies. Au début je pensais au titre « Une vie pour deux » ou « À deux pour une vie », mais… C’était annoncer dans le titre un indice.

Je voulais deux personnages qui vivent, qui rient, qui s’amusent et, en même temps, faire ressortir que ce n’est pas simple d’être transgenre, mais qu’il y a des champs de possible.

Julien d’Andromède : Projettes-tu d’écrire d’autres romans voire une suite de celui-ci ?

Marjorie Demeaux : Je ne sais pas encore. Là, pour le coup, ça serait bien plus autobiographique par la force des choses. Car la suite voudrait dire qu’on attend la révélation à la famille, le coming out au travail, l’opération… Cela pourrait toujours être sur le ton du roman, cependant.

Merci pour ces réponses et ces précisions. Je te souhaite beaucoup de courage pour la suite de tes projets… Mais surtout beaucoup de bonheur dans la vie que tu as choisie et pour laquelle tu t’es battue !

Andromèdehttps://travesti.fr
Bonjour ! Je suis Andromède, l'auteure de ce site Internet. Je suis également la fondatrice du e-commerce Travesti.fr - La boutique des travestis.

11 commentaires

  1. Encore un livre qui a l’air très intéressant et que je vais courrir acheter, décidement tu m’incite à lire Julien ! Critique littéraire, ça te dirait comme nouveau métier ? 🙂

  2. Je l’ai lu il y a quelques jours.
    Je ne peux que vous recommander la lecture de ce livre.
    Une écriture certes très amateur, mais tout de même facile et agréable.
    La sensibilité qui s’en dégage touchera toutes celles qui se sentent concernées par le sujet, c’est à dire à peu près tout le monde ici, non?

    Bonne lecture!

Répondre

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Articles récents

Comment déterminer la morphologie de son visage ?

Ovale, carré, long : il n'est plutôt pas facile de déterminer la morphologie de son visage. L'information peut pourtant vous aider dans le choix d'une perruque. C'est pour cela que cet article a la vocation de vous aider à connaître la forme du vôtre avec une méthode facile, un simple mètre de couturière et un miroir. Alors, quelle est la morphologie de votre visage ?

Les rencontres d’un autre genre : entretien avec Jaina

Dans cette interview des Rencontres d'un autre genre, Jaina explore les origines de son travestissement, son genre et sa couleur de cheveux qui ne répond à aucune étiquette.

Les rencontres d’un autre genre : entretien avec la grande Julie

Dans cette interview des Rencontres d'un autre genre, nous avons interrogé la Grande Julie à propos de sa culpabilité de transgenre, la découverte de soi-même, la reconnaissance de son genre et les joies du coming out.

Les rencontres d’un autre genre : entretien avec Emilie85

Cette interview des Rencontres d'un autre genre est consacrée à Emilie85 qui explique son parcours de transidentité, son goût pour la photographie et sa vie de couple.