Le glossaire du travestissement – Partie 1

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En relisant notre article sur le passing, je me suis rendu compte que le milieu du travestissement était truffé de termes à la fois obscurs et mystérieux. Vous savez, comme lorsque deux administrateurs réseaux discutent de leur métier : « facile, il n’y a qu’à générer un contrôleur CRUD basé sur une entité Doctrine » ! En plus d’employer un langage (à peu près) technique et pointu, les travestis ont l’art de détourner le sens de certains termes fondamentaux du dictionnaire. Dans cette première partie du glossaire du travestissement, je vous invite à découvrir cinq définitions pour communiquer comme une « T » !

Bio

Une « bio » (aussi appelée « femme bio ») est une femme née avec un sexe biologique féminin. Cela n’a strictement rien à voir avec l’agriculture biologique, même si rien n’empêche une « femme bio » de « consommer bio »… Derrière cette désignation, semble-t-il, anodine se cache une bien triste distinction : celle des femmes nées telles quelles et des femmes transgenres. Est-il nécessaire de préciser les origines biologiques des unes et des autres ?

bio

Chez les travestis, le terme « bio » est également très utilisé pour désigner une épouse. C’est de loin le substantif le plus froid que l’on puisse donner à sa pupuce, à sa chérie ou à son astre !

Exemple : « dîtes les mecs, pour notre petite soirée entre femmes, vous venez avec vos bios ? »

Passing

Le « passing » est un indicateur permettant à un individu de jauger sa crédibilité en tant que femme. On dit d’un travesti qui ressemble beaucoup à une femme qu’il a un « bon passing ». Rassurez-vous : il n’existe aucune échelle officielle permettant de quantifier la féminité ; il serait d’ailleurs cocasse de délivrer une meilleure note ou un meilleur rang à un travesti qu’à certaines femmes.

Passing

L’effet pervers de cet indicateur est qu’il paralyse de nombreuses consœurs, peu satisfaites de leur propre passing. Cette frustration empêche souvent de pleinement s’épanouir, certaines refusant littéralement de sortir tant qu’elles n’auront pas l’impression d’être parfaitement indétectables. La perfection n’étant pas de ce monde, il est souvent plus sage de ne pas soucier du passing.

Exemple : « Désolée, je ne peux pas dîner avec vous ce soir car je garde les enfants.
– Moi non plus, hélas, parce que je n’ai pas un bon passing !
 »

De salon

Il se peut que nos consœurs ne sortent pas pour une raison X ou Y : parce qu’elles ont peur d’être reconnues, parce qu’elles ne jugent pas leur passing suffisant ou parce que le port d’une perruque est formellement inconcevable les jours de grand mistral, quel que soit le modèle. Ces travestis sont souvent désignés par leurs semblables « qui sortent » comme travestis « de salon ». C’est oublier qu’au-delà du living, il est tout à fait possible d’évoluer « en femme » dans sa cuisine ou dans son grenier.

travesti de salon

Dans la communauté des travestis, une forme de hiérarchie s’est mise en place : celles qui remontent les Grands Boulevards en ballerines ont tendance à s’imaginer plus légitimes pour évoquer les questions « T ». Ne l’oublions pas : avant de devenir un travesti « des champs », chaque travesti a commencé par fouler le carrelage de son appartement.

Exemple : « Lorsque j’étais étudiant, ma chambre de bonne n’avait pas de salon. Aujourd’hui, je vis dans une belle demeure mais, étant sorti depuis, je n’ai jamais connu les joies du travestissement de salon. »

Sortir

À chaque communauté, sa définition du verbe « sortir ». Chez les travestis, il s’agit souvent d’un objectif : franchir le seuil de son chez-soi apprêté d’habits féminins. Très rapidement, les travestis se sentent étouffés par leur propre environnement, comme si se travestir « à la maison » ne suffisait plus. « Sortir » ne s’accompagne pas toujours d’un but : cela peut prendre la forme de quelques pas dans la rue ou d’un tour du périphérique en automobile, le principal étant d’évoluer à l’extérieur.

sortir travesti

Cela peut sembler futile au non-initié ; « sortir » procure pourtant un sentiment de liberté rare : c’est faire fi des regards du monde extérieur en sortant « comme on est ». C’est aussi (et surtout) permettre à son « côté féminin » de vivre et de nouer des contacts sociaux dans la vie réelle, en quelque sorte.

Exemple : « Ce matin, je suis sorti pour la toute première fois : j’ai relevé mon courrier et j’ai adoré la sensation du vent sur mes mollets nus ! »

Boobs

Chez les travestis, le terme « boobs » (qui ne connaît a priori pas de singulier) ne désigne pas la poitrine proéminente d’une femme. Il s’agit d’une paire de faux seins (dits falsies outre-Manche) que l’on glisse dans le soutien-gorge, pour simuler le volume mammaire d’une femme. Il ne faut pas non plus les confondre avec les prothèses en silicone que l’on utilise pour une augmentation mammaire.

boobs

Les « boobs » peuvent prendre différentes formes, du triangle à la célèbre goutte d’eau. Ils sont eux-mêmes en silicone, comme l’ont prouvé d’éminents spécialistes du forum des travestis s’étant aventurés à en percer les tétons. Nous ne sommes pas responsables de votre imagination fertile quant aux motivations tangibles menant à de telles expériences.

Exemple : « Je vous ressers un kilo de boobs, ma p’tite dame ? »

Et ce n’est pas fini…

Cela n’est qu’une infime partie de l’étonnant glossaire des travestis. N’hésitez pas à laisser en commentaire les termes de notre jargon qui vous ont étonné(e) ou amusé(e). À très bientôt pour une deuxième partie et cinq nouvelles définitions : le langage « T » n’aura bientôt plus de secrets pour vous !

Bisous.

20 commentaires

  1. C’est une bonne idée un glossaire , la définition du passing me semble trés juste, j’ai fait ma première sortie ce week-end et je crois que si j’avais attendue de ressembler à une vrais femme pour sortir je serais encore sur le pas de ma porte !

  2. C’ est vrai que l’ on ne se rends pas compte que l’ on a un jargon propre à notre communauté.
    Quand je discute avec mes amis qui ne sont pas habitués à notre langage, je suis souvent prié d’ expliquer certains mots qu’ ils ne comprennent pas…

      • En langage Grafcet, une transition est la condition qui permet de passer d’une étape à une autre, Une transition ne peut être valide que si l’étape qui la précédé est active. Ais-je bien répondu à la question?

        • Oui, le Grafcet est un exemple de langage graphique basé sur le principe d’état-transition. En fait, la transition est le passage d’une étape (d’un état) à une autre. La condition, quand à elle indique si tu peux, ou si tu ne peux pas, passer par cette transition.

          Bref, le terme transition est on ne peut plus vague si le contexte n’est pas précisé. Il est utilisé dans bon nombres de domaines : transition des électrons entre les niveaux énergétiques dans un atome, transition entre deux écrans d’une présentation, “tout de suite sans transition” … chacun comprend ce qu’il lui parle le plus. Donc si tu dis, “je vais faire une transition”, bah oui et alors ?

          Véro

  3. Très bien comme dictionnaire. J’ai adoré toute la définition des termes. Pour celui de femme “bio”, primo, je n’avais pas pensé à ta remarque mais, pour ma part, moralement, je fais une différence. Une femme classique peut être une femme loupée, que ce soit physiquement ou moralement, alors qu’une femme bio est, pour moi, une vraie femme très portée sur la féminité car l’ayant réellement désiré.
    C’est d’ailleurs pour cela que j’apprécie beaucoup la féminité des TS (ou TV). Les femmes à part entière, elles, ne sont pas toujours féminines, loin de là.
    Sinon, oui, tu as raison, inutile d’en parler à son amie. Question de bon sens.

    • Je serais curieux de connaître ta définition d’une femme “loupée”… Je trouve ça extrêmement machiste et réducteur. Personne ne choisit son corps, et une femme “loupée” à tes yeux n’en est pas moins une femme, même si elle n’entre pas dans tes critères.
      Désolant.

  4. Comment ? Un glossaire qui n’est pas classé en ordre alphabétique ? 😉

    En tout cas, j’adore. Des définitions parfaites ! Tout comme tes photos ! 🙂

    Biz !

  5. C’est clair que je n’avais pas connaissance de la moitié des termes avant d’arriver ici.

    Concernant la définition de “bio”…
    Je me dis que malheureusement, si des personnes utilisent le terme “femme bio”, c’est alors que le terme “femme” pourrait systématiquement sous-entendre “qui n’est pas une femme bio” pour certaines de ces personnes.
    Dans ce cas là, il y a une simple translation des termes.

    Et pour d’autres, cela va signifier “femme bio” ou “femme non bio”.
    Et encore pour d’autres, “entre filles” peut signifier “entre travesti”

    Au final, je constate que beaucoup cherche à s’approprier le terme “femme” ou “fille” (soit directement, soit via une translation des définitions) et donc qu’elle n’a plus de définition claire. Du coup, je comprends plus rien ^^

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