Le moment où l'on accepte le travestissement

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Que se passe-t-il après le coming out ? Beaucoup de travestis se le demandent et cela peut paralyser les “aveux”. J’aimerais vous parler d’un stage plus avancé de la vie de couple : l’acceptation. Pas l’acceptation de soi, dont il est souvent question dans ces modestes colonnes, mais l’acceptation du travestissement par votre moitié.

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La recette de la réussite

Je me permets de citer mon propre travesti et ses formules chiffrées (bien qu’approximatives) dont il est friand :

Un couple, c’est 50% d’amour et 50% de communication.

Lorsqu’il a commencé à réunir des effets féminins, c’est sur la communication qu’a misé Julien. Il n’existe pas de formule toute faite et nous connaissons tou(te)s les difficultés que l’on peut avoir à s’assumer. Il est possible de se travestir en cachette ou de s’épanouir seul. Cependant, partager avec son épouse cette passion, c’est l’y inclure et lui donner un rôle primordial, tout du moins c’est ainsi que je l’ai ressenti. « Techniquement », un travesti n’a pas besoin de son épouse pour se transformer ; toutefois, il m’invitait à l’aider pour choisir de nouveaux nouveaux vêtements ou pour que je lui donne des conseils sur le maquillage, pour que je lui retouche la frange et même pour que je témoigne sur le présent blog.

Je m’obligeais à comprendre le travestissement grâce à l’amour qu’il y avait dans le couple… La communication a fait le reste. Malgré tous ses efforts, j’ai honte de l’avouer aujourd’hui : j’espérais qu’un jour, tout ça s’arrête. Je comptais sur un caprice qui finirait par le lasser et nous permettrait reprendre notre vie “normale” d’un couple “normal” dans une société “normale”. C’était mal connaître la ténacité des travestis.

Travesti ? Non, lui-même

L’acceptation a été un long processus, qui a commencé sans que je ne m’en rende compte, qui a duré quelques années et qui a eu une fin. Heureuse, pour le coup. La première étape est celle où Julien est sorti ; je me suis rendu compte que ce n’était pas un fantasme et que le travestissement n’était pas « sale ». « Mais il y en a d’autres comme lui », s’exclamait l’épouse ignorante quand il a commencé à rencontrer d’autres travestis. « Ils sont sympas en plus, et franchement pas glauques ! » Je m’excuse d’avoir pensé ça, comme une personne “moyenne” et ses idées pré-fabriquées…

Julien, comme beaucoup, a persévéré. Pas sur la voie du travestissement, il a persévéré dans la recherche de “lui-même”. S’affranchir de la société et des ses cases limitées devient un combat quotidien pour les personnes transgenres. Pourtant, se déclarer travesti est aussi conformiste puisqu’on retombe, sans s’en rendre compte, dans une nouvelle case, une de trop. Une case de laquelle les travestis devraient essayer de s’affranchir. On peut être un homme, qui aime les habits, féminins de préférence, se maquiller et prendre soin de lui. On peut être une femme née dans le mauvais corps et en quête de sa féminité. On peut tout imaginer, il existe autant de cases qu’il existe d’identité.

« Sois toi-même »

Le discours de Julien tel qu’il le distille sur XXY, tolérant et révolutionnaire à la fois, a constitué une étape cruciale dans ma propre acceptation du travestissement. J’ai toujours vu les travestis comme de grands romantiques, proclamant le culte du “moi”. J’ai appris à connaître le travestissement autrement que par la voix des médias. Ce n’était plus une pratique obscure destinée à rester confinée dans notre petit appartement et, quelques fois, dévoilée sur Internet. Non, c’était un engagement social et un combat pour l’égalité de tous les genres ! Quelle personne bienveillante pourrait ne pas adhérer ?

Le déclic final, si je puis le formuler ainsi, a été la publication de l’article sur son choix personnel de ne plus se faire appeler Émilie, mais Julien. Jusque là, à chaque fois que Julien se travestissait, je ne pouvais m’empêcher de l’accorder au féminin. Mais dès que j’ai lu ce fameux article, il y eût une sorte de fusion entre les deux identité. Je ne voyais plus Julien ou Émilie, mais simplement mon homme, qui ne voulait rien de plus qu’être soi-même. Je me rappellerai toujours de ce sentiment de liberté qui a effacé toutes les barrières restantes dans ma tête.

On n’a rien sans rien

Ce n’est pas une chose très facile que d’avouer à son entourage qu’on se travestit. Je ne suis pas moi-même une personne très courageuse. Mais il y a des combats et des personnes qui en valent la peine. Quand Julien sortait au tout début, j’avais peur qu’il soit reconnu, que les gens le regardent de travers et qu’ils l’insultent ; aujourd’hui, mes parents sont au courant, mes amis et même mes employeurs ! Avouer que l’on se travestit, c’est prendre un grand risque. Mais ne pas le faire, c’est s’interdire la liberté que procure le coming out et le bonheur de vivre son travestissement sans non-dits ni barrière.

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