Accueil Une Peut-on se débarrasser de l’envie de se travestir ?

Peut-on se débarrasser de l’envie de se travestir ?

Ce scénario est un grand classique du travestissement :

Jean-Louis, 41 ans, père de quatre enfants. Dans l’intimité, il a toujours éprouvé un grand plaisir à enfiler quelques effets féminins. Ce qui ne dépassait pas le cadre d’une douce lingerie et d’une paire de talons a évolué vers le prêt-à-porter, le maquillage, les perruques et l’envie de sortir, surtout ! Seulement, lorsque ces pensées deviennent trop envahissantes, Jean-Louis se questionne : « comment tout arrêter, que faire pour que l’envie ne revienne jamais » ?

Quel travesti ne s’est jamais posé la question, au moins une fois ? Est-il seulement possible de tout nier ? J’ai tendance à penser que « non » même si la réponse ne peut être aussi tranchée. Je vous invite à discuter de ce sujet, certainement pas le plus joyeux dans la vie d’un travesti, mais souvent crucial dans le parcours d’épanouissement personnel.

La purge

Beaucoup d’entre nous avons vécu la douloureuse expérience du purging, un terme qui a tout à fait sa place dans le glossaire du travestissement, n’est-ce pas. Dans un moment de faiblesse, il arrive que les travestis que nous sommes nous débarrassions de toutes nos affaires pour essayer de s’affranchir du travestissement à tout jamais. Comme si c’était si simple ! Le plus radical est alors d’ouvrir un très grand sac et d’y jeter toutes ses petites perruques, sa lingerie, ses vêtements… Absolument tout. Les plus responsables déposeront le paquet chez Emmaüs mais la plupart du temps, tout finit avec les déchets. Seulement, l’expérience montre que malgré cette pratique, on finit quasiment systématiquement par revenir à ses premiers amours. Il ne faut jamais très longtemps avant que l’idée de se constituer une nouvelle garde-robe ne germe.

Les vétérans du travestissement conseillent en général d’éviter cet évènement tragique, inutile et « cher » si l’on considère qu’après coup, il faut tout acheter à nouveau. De ma propre expérience, je ne suis pas aussi radical puisque le purging peut également marquer un nouveau départ dans une vie de travesti. Je m’explique. Lorsque j’ai commencé à me travestir, je ne suis tombé que sur des ressources qui m’ont rapidement dégoûté de moi-même, notamment certains fora où l’ensemble des discussions tournaient autour du sexe. Si je m’interrogeais sur la nature de mes petites activités, ma compagne se posait encore plus de questions et nous sommes vite tombés dans une impasse. « Purger » toutes mes affaires a eu cet effet bénéfique de tout reconstruire, si je puis dire, sur des bases saines et avec l’aval et le soutien, même, de ma femme.

l
Le premier média sur le travestissement travestisme (puisque c’est ainsi qu’il est nommé) sur lequel je suis tombé n’est autre que le tristement célèbre forum de Doctissimo. Déconseillé aux moins de 18 ans, ben voyons, il aborde des thématiques aussi passionnantes que « les sorties en public avec un legging » ou les « photos genre free bitch ». Tout un programme…

Honnêtement, croire que tout jeter à la poubelle puisse faire disparaître l’envie de « devenir femme » est utopique. Pire : se priver de travestissement peut se révéler frustrant pour certain(e)s, à la manière des régimes où un aliment-fétiche disparaît purement et simplement de l’alimentation. Le chocolat ou le fromage, par exemple. Dans ce cas, le seul effet qu’aura le purging est de décupler l’envie d’enfiler sa petite robe, surtout chez celles qui envisagent la féminité comme leur quotidien.

L’heure de la pause

Quelle que soit la raison, il n’est jamais heureux de devoir tout mettre en « stand-by » : imbroglio familial, obligations professionnelles, flémingite manifeste, agrandissement du foyer… À bien y regarder, on a toujours une « bonne raison » de devoir arrêter, comme si le travestissement n’était qu’un divertissement au même titre qu’une partie de ping-pong ou qu’une séance de cinéma. Seulement, parce que ces obligations se présentent, peut-on arrêter d’être soi-même ? Dans l’absolu, je suis tenté de répondre que « oui », mais ponctuellement uniquement. Le self-control est là pour ça. Il existe des situations dans lesquelles on peut agir contre sa nature et on y est tou(te)s confronté(e)s quotidiennement. Seulement, s’il est tout à fait possible d’effectuer des concessions à un instant « T », il n’est jamais sain d’agir contre sa nature sur le long terme.

Encore une fois, je m’interroge : est-ce seulement possible ? Difficile de répondre car les plus tenaces, ceux qui réussissent à vivre en refoulant littéralement le travestissement et sans sourciller, ne sont pas là pour témoigner, fatalement. Cela dit, je ne connais pas un seul travesti qui, après avoir annoncé son départ en grande pompe ou être sorti par la petite porte, n’est pas revenu aux affaires après quelques semaines de mise au vert. Les séances de transformation s’espacent, l’activité sociale s’amoindrit mais il reste toujours quelque part dans un recoin du cerveau l’envie de reprendre du service. Et pour beaucoup, c’est salutaire !

Faire son coming out professionnel
Le monde du travail est l’un des principaux facteurs de refoulement du travestissement. Faut-il abandonner sa personnalité pour assurer une carrière florissante ? Ou plutôt : est-ce sain pour l’équilibre et l’épanouissement personnel ? Je vous invite à lire l’article Faire son coming out professionnel.

Après tout, il existe une grande partie d’entre nous qui vivons « cachées » et, quoi qu’en pensent les meilleurs conseillers conjugaux, ce n’est jamais de gaieté de cœur. Ces travestis, qui ne peuvent exprimer leur véritable nature qu’à de trop rares occasions, sont l’exemple vivants qu’il est presque impossible de se débarrasser de l’envie de se travestir ou, dirons-nous, d’être eux-mêmes. En n’ayant que des fenêtres de transformation extrêmement réduites, ces travestis sautent généralement sur le moindre instant de solitude pour sortir leur côté féminin de l’ombre.

L’envie de se travestir n’est pas une tare

Je comprends qu’il devienne urgent pour certains couples que la notion-même de travestissement disparaisse à tout jamais dans les limbes d’un mauvais souvenir mais… Cela revient, dans la plus grande partie des cas à aller contre la nature de la personne travestie. L’argument revient implacablement dans les situations de conflit : « ce n’est pas elle que j’aime, mais toi, mon homme » ! Sauf que dans la plupart des cas, c’est souvent le côté masculin et quotidien qui permet de travestir un côté beaucoup plus fluide voire féminin. Il est difficile d’aller contre sa nature et, en fin de compte, il n’y a vraiment aucune bonne raison de vouloir transformer les gens sur leur façon d’être ; enfin, sur leur façon de s’habiller et de s’exprimer, tout du moins.

La meilleure des solutions est toujours de s’accepter et de ne plus vouloir refouler cette envie, ce besoin, votre personnalité. Bien sûr, tout le monde ne peut pas l’assumer à tout bout de champ et se balader avec un sticker Let me be a drag queen sur le front, entendons-nous. Mais croire qu’il est possible de ne plus y songer revient finalement à croire que vous pourriez, avec beaucoup d’effort, vous débarrasser de votre goût prononcé pour les jeux de société par exemple, ou croire que vous pourriez vous débarrasser de votre hétérosexualité. Ou vous imaginer qu’il est possible de vous débarrasser de votre attirance pour les framboises ou les voyages. Ou… Enfin, vous avez compris. Cela fait partie de vous. Sans être inscrit dans le code génétique, le travestissement fait entièrement partie de la personnalité – de l’identité, même. Alors au final, s’imaginer qu’il est possible de se débarrasser de son envie de se travestir revient à admettre qu’il est acceptable de ne pas être soi-même.

Travesti pour la vie

Contrairement à ce que la psychiatrie a longtemps cru, la transidentité n’est pas une maladie. Elle n’est pas non plus une tare… Lorsque l’on souhaite s’en débarrasser, en fin de compte, on souhaite surtout éviter tous les effets négatifs que l’on y associe : la destruction d’une image « patriarcale », la peur du rejet des autres et j’en passe.

Joyeux anniversaire !
Il y a quatre ans, j’espérais au fond de moi être un homme « tout simple » qui ne se travestit pas. Finalement, quatre ans plus tard, je ne peux même plus envisager mon futur sans ce côté « féminin ». Je vous invite à lire l’article Quatre ans de travestissement, ça vous change un homme !

Dans ces cas-là, le conseil que je pourrais donner à ceux qui souhaitent oublier leur transidentité n’est pas forcément le même que celui que l’on m’a souvent apporté : « oh, t’façon, laisse tomber, tu ne pourras jamais t’en débarrasser… T’es foutu(e) » ! Non, ce n’est pas comme cela que je vois le travestissement. À celles qui sont en souffrance et qui s’imaginent que leur vie serait meilleure sans le travestissement, je préfère leur conseiller de ne pas regarder ce que ça leur « coûte », mais ce que ça leur apporte : un regard différent sur le monde, une ouverture d’esprit rare, le bonheur d’être soi-même sans avoir à se cacher, le plaisir de prendre soin de soi et j’en passe. Réfléchissez sincèrement à tout ce que le travestissement peut vous apporter comme délivrance, comme gaité et comme bien-être… Puis je suis certain que l’envie de se débarrasser du travestissement aura disparu, elle !

Peace.

Andromèdehttps://travesti.fr
Bonjour ! Je suis Andromède, l'auteure de ce site Internet. Je suis également la fondatrice du e-commerce Travesti.fr - La boutique des travestis.

47 commentaires

  1. Que de vérités dans cet article!
    C’est drôle car je pensais justement hier à ses phases de « purging » (merci pour l’info car je ne connaissais pas le terme) que nous avons tous traversé un jour. Je me disais que cela ne me viendrait plus à l’esprit aujourd’hui. Les occasions où Sophie prend vie pourront s’espacer car le quotidien n’est pas toujours simple mais je sais qu’elle est là pour longtemps encore.
    D’ailleurs si un jour elle doit s’en aller ce ne sera pas parce que j’aurais jeté ses petites robes noires à la poubelle. Lorsque la voir dans le miroir ne me fera pas bêtement sourire, ni me sentir bien en retrouvant ce pourcentage féminité que je cache au yeux des autres ; lorsque ne je ne la trouverais plus aussi belle (je ne parle pas forcément de beauté physique) et que je me sentirais ridicule ; alors il sera peut-être temps de lui dire adieu. Mais je doute que cela soit pour tout de suite.
    Sinon petit conseil : lors des grosses périodes de doute où on veut tout arrêter, ne jetez pas vos affaires, balancez-les plutôt au fin fond de la cave. L’effet est presque le même mais vous ne regretterez pas cette superbe robe qui vous allait si bien et cela vous coûtera beaucoup moins cher. 😉

    • Si tu as dépassé le critère physique (te trouver jeune et jolie et te contempler des heures durant), il n’y a vraiment pas de raison que tu trouves « ridicule », je pense. Parce qu’il n’y a rien de ridicule à enfiler une robe… Ou alors toutes les femmes et des tas d’hommes qui portent la robe (dans d’autres cultures, à d’autres époques) le seraient aussi 😉 !

  2. Cela fait longtemps que le « jeune et jolie » n’est plus tout à fait d’actualité. En tout cas le jeune c’est sûr et quand au jolie disons que je suis bon public mais que je ne me fais plus trop d’illusions 😉
    Effectivement ce n’est pas vraiment du point de vue physique que je disais cela. Je redoute juste le jour où je ne trouverais plus de sens à me travestir. Il paraît que tout finit par lasser un jour…
    Alors même si cette maxime s’applique peu chez les travestis, je me dis que cela sera le moment d’arrêter.

    • Cela dit, dans la continuité de l’article, je me demande : peut-on finir par se lasser de soi-même ? Pour le coup, j’ai envie de dire que « oui », clairement ! Dans ces cas-là, il faut savoir se réinventer… ^_^

      Mais mon petit doigt me dit que chez beaucoup de travestis, le côté féminin ne sera jamais ce qu’ils détesteront le plus chez eux.

  3. Après, il peut arriver qu’on se dégoute soi-même du travestissement pour diverses raisons : pratique « extrême », ne plus le faire pour soi-même, rejet de son corps (son âge), ne penser plus qu’à cela, etc… Dans ces cas-là, je pense qu’il faut tout simplement revenir à la simplicité et à la base de votre plaisir.
    Voilà pour mon petit conseil, car je n’avais rien d’autres à rajouter à cet excellent article très complet.

  4. oui, combien de fois , j’ai arrêtée, parfois un mois, des mois, une année
    combien de fois j’ai tout jetée : robes, jupes, maquillage, et parfois cela était une belle somme
    mais je reviens à chaque fois

  5. Très belle analyse !
    J’approche la cinquantaine, je me travesti depuis plus de trente ans avec des épisodes de purging bien trop nombreux. Je ne veux pas compter mais je dirais au moins 5 fois ! Et c’est totalement idiot, inutile et vain.
    À chaque fois que j’ai ressenti le besoin irrépressible de faire revivre Glawdys, cela a été plus fort encore, avec, comme le dit Petite Sophie, le regret inconsolable des bottes, perruques, LBD qui m’allaient si bien et que je ne retrouverai jamais.
    À chaque retour, je me dis que j’ai perdu trop de temps, qu’il ne sert à rien de lutter contre cette envie qui me tord les tripes et me procure tant de bonheurs. Glawdys, c’est moi, autant que je suis aussi __________. Pourquoi la repousser ?
    Pour éviter de me faire surprendre par mes proches et faire exploser mon couple et ma famille !
    Ces purgings sont d’ailleurs souvent dus à une prise de risque excessive et lorsque je suis passé à un cheveu du coming-out forcé…
    Aujourd’hui, je saute sur les quelques heures de liberté que je peux trouver, prépare plusieurs jours auparavant mes tenues, sorties et organisation, et lorsque c’est le moment, je me concentre exclusivement sur le plaisir de me faire belle, de m’habiller avec élégance et sortir, sortir, sortir… pour profiter, profiter, profiter !
    J’arpente les rues de Paris, je me fais parfois dévisager mais jamais moquer, car j’aime à penser que mon style attire le respect, et que mon plaisir se sent, se voit, se partage dans mon attitude, le sourire qui ne quitte pas mes lèvres carmin, mon regard…
    Alors si j’ai un conseil à donner aux plus jeunes : profitez, soyez vous-même, ne vous reniez jamais, c’est trop de temps perdu ! On est plus jolie quand on est jeune, c’est tout de suite qu’il faut en profiter. Quant à fonder une famille, je sais que c’est difficile, mais pour votre propre équilibre, choisissez uniquement la personne qui acceptera tout de suite votre double personnalité. Car si vous faites comme moi et choisissez par amour, la peur de briser cette union en révélant votre secret vous mettra en éternel porte-à-faux.
    Et merci à Julien et Nina pour ce blog formidable, au ton si juste et aux photos si réussies !

    • Effectivement, Glawdys, on ne se connaît pas beaucoup mais le moins que je puisse écrire est que des photos que j’ai vues de toi, le plaisir se sent. Merci pour tes précieux conseils qu’il faut à tout prix transmettre aux jeunes pousses.

      Merci pour les gentils mots et merci de nous lire 🙂

  6. Un super article!
    Je suis du même avis, j’ai longtemps essayé de refouler cette « drôle » d’envie, comme je pouvais dire dans le passé…
    Mais tu as raison, Julien, celà fais parti de nous, et je crois qu’il est impossible de « purger » cette partie définitivement.
    J’ai pourtant essayé à plusieurs fois, mais avec le temps j’ai appris a vivre avec, et surtout à en profiter! Car j’ai pris conscience que cette envie ne me quitterait jamais.
    J’ai appris à faire des concessions avec mon épouse, car pas facile lorsque l’on est en couple avec des enfants.
    J’espère juste, que mon épouse à bien compris mon besoin, car depuis 5 ans, elle sait et apprend aussi a vivre avec.

    Alors, profitons de la vie, elle est trop courte et passe trop vite…

    Bises
    Lucie Lulu

  7. Un grand merci pour cet article et cette conclusion très positive.
    J’ai eu beaucoup d’épisode de purging. Je croyais être la seule à les vivre. Aujourd’hui, je n’ai plus d’envie de purging mais je vie mon travestisme cachée.
    Merci merci merci

    • Non, hélas, tu n’es pas la seule. Si on devait réunir tous les vêtements et accessoires que tous les travestis ont jeté depuis que les hommes se travestissent, ça doit représenter des montagnes et des montagnes d’affaires !

  8. bises a toutes
    moi aussi j ai connu ces refoulements et rien n y fait comme tu le decris si bien … dorenavant je m’octroie des vrais moments de bonheur au FEMININ Delphine

  9. Bel article, complet et on s’y retrouve.
    Je confirme que la purge chez moi sest plutôt limité à la mise dans un carton dans un coin…
    Mais le vrai problème cest que le travestissement pour moi s’accompagne de solitude. Quand je me prépare, m’habille et me maquille je ne sors plus de chez moi. Il m’est arrive de refuser de sortir des week entier pour être moi. Voir une angoisse profonde le lundi qu’il reste la moindre trace de vernis mal enlevé.
    Et du coup je ne me travestie plus pendant plusieurs semaine pour pouvoir avoir une vie sociale. Mais cela finit immanquablement par me manquer….

    • Hello ! As-tu pensé à sortir un week-end avec des amies transgenres ? Effectivement, le travestissement s’accompagne souvent d’une solitude profonde, mais il existe de nombreuses petites communautés qui seront ravies de t’accueillir, j’en suis convaincu.

  10. J’ ai aussi connu ces épisodes de purges quand je me travestissais.
    Maintenant j’ai compris le pourquoi de ces purges. Je ne savais pas à l’ époque que c’ était un désir plus profond que le plaisir de porter des vêtements féminins. Et j’ étais insatisfaite, alors je jetais tout.
    Avec l’ aide d’ un psy, je me suis rendue compte que mon bonheur était tout simplement de vivre et d’ accepter ma vie de femme qui était ancrée en moi depuis l’ adolescence.
    Alors pour répondre à la question, je peux dire que oui mon envie de me travestir a disparu car les vetements que je porte au quotidien font partis de ma vie de femme. D’ ailleurs maintenant, je ne ressens aucun plaisir particulier à les porter. C’ est juste des vetements qui correspondent à mon genre.

    • À mon avis, lorsque l’on ne prend plus de plaisir à porter des vêtements féminins, on ne se travestit plus vraiment. On est quelque part entre les deux genres, ou entièrement femme dans ton cas par exemple ! Bisous, Sophies !

      • J’ai un parcours similaire à sophies (travestissement compulsif puis révélation/ transition et aujourd’hui vie de femme).

        Aujourd’hui, j’ai toujours autant de plaisir à choisir puis à porter des vêtements qui correspondent à mon genre, donc étiquetés « féminins » (idem pour le petit maquillage quotidien). Je n’ai juste plus l’impression, comme quand je m’identifiait encore comme travestie, de me déguiser.

        Bises.

  11. Vraiment un superbe article Julien.
    Je me pose toutefois une petite question:
    Est-ce le travestissement qui fait entièrement partie de notre personnalité, de notre identité? ou ne serait-ce pas plutôt la féminité? Le travestissement n’étant en fin de compte qu’un moyen comme un autre de l’extérioriser.

    • Là-dessus, je pense que ça dépend de la personne. Il faut le considérer cela au cas par cas. C’est toujours la même histoire : est-ce qu’une robe, c’est féminin, dans le fond ? Porte-t-on une robe pour la féminité ? Pas certain. Beaucoup d’entre nous répondront que c’est beau, ou confortable, ou… Mais pas forcément féminin 😉 !

  12. Quel bel article !

    Que de vérités.

    Cela m’amènera à poster un sujet, certes bateau, mais qui aidera également à trouver des réponses :

    Inné vs acquis… (La question sans doute essentielle).

    Et l’adage : « Chasser le naturel, il revient au galop ».

    Merci pour votre article, super bien écrit.

  13. Bonsoir,Julien
    Toutes autant que nous sommes, avons connues les affres de la discorde, de la douleur avec soi-même.
    Se travestir c’est toujours un regard sur soi, déplaisant du moins au début , les questionnements sur nos plaisirs, cette attirance étrange qui nous colle à la peau, et que l’on a tellement de mal à cerner… les pourquois et les comments auxquels nous ne trouvons jamais de réponses, si ce n’est la honte.

    Je rejoins Glawdys que j’embrasse, lorsqu’elle nous parle de la famille, des amis, des timings si serrés pour se faire belle, et de la culpabilité qui suit très souvent.
    Cela fait fort longtemps que je ne jette plus, il faut du temps au temps pour se comprendre, pour réaliser le plaisir , uniquement le Plaisir comme tu dis si bien, mon cher Julien, sur la fin de ton post.
    L’heure tourne et pour la plupart, du moins je crois nous cessons de passer notre temps à nous remettre en cause pour un oui ou pour un non. Juste prendre la mesure de ce que nous sommes, des hommes qui aimons changer de costume, comme une pause dans notre vie. Uniquement des moments de bonheur, de bien être.
    Certes j’ai eu la chance de sortir très vite, me créer un réseau de copines, et bien sur cette chance d’avoir du temps pour moi.
    je reste optimiste pour les plus jeunes, la société ne changeras pas foncièrement , par contre de mes sorties, ou encore en club libertin, ou bien ton site « Super extra génial » permets à beaucoup de monde de mieux nous accepter, en ce sens il y a un gros progrès… a nous les filles de relever le challenge en donnant une image de nous plus flatteuses, je suis sure que tout est possible avec un peu d’élégance et de savoir vivre.
    Bisous à vous toutes
    BB

    • « Donner une image plus flatteuse » ramène à l’une des plus persistantes problématiques du monde du travestissement. Il est difficile d’encourager les gens à être eux-mêmes et en même temps de faire un effort pour l’acceptation de « l’extérieur ». Cela dit, je pense également que le salut de notre communauté viendra d’un effort interne, non pas de la société qui nous accepte, somme toute, plutôt bien si on ne s’entête pas à tout gâcher… 😉

  14. Hello à toutes et à tous,
    J’ai bientôt 43 ans et je suis travesti de puis très jeune. J’ai commencé mes premiers « essayages » vers l’age de 10 ans si je me souviens bien. Ce n’est que vers la 30aine que j’ai commencé à organiser mon travestissement de manière plus sérieuse et régulière, l’espace de quelques années seulement. Cela fait 7 ans que j’ai « raccroché ». Pas complètement mais presque… Ma femme ne l’a jamais accepté et de mon côté je n’accepte plus de le faire en cachette ou à la « va vite ». C’est tout ou rien me concernant, et comme je ne peux obtenir ce Tout alors je me suis rangé du côté du Rien. Etrangement je n’ai pas fait de purge (mais j’ai aussi un côté je ne jette rien), ma garde robe est bien rangée et à porter de mains. Il m’arrive parfois encore, mais très rarement, de la compléter d’articles supplémentaires que je n’ai jamais portés. L’envie est bien là, présente, ce post en est la preuve, mais j’ai appris à la gérer et à la contenir. Est-ce dur ? Je compare ça à arrêter de fumer… L’envie arrive, elle devient intenable mais après un moment elle passe… jusqu’à la prochaine. Je crois que ce qui me retient le plus, mis à part le manque de liberté, c’est le risque de la déception. Mon corps est devenu bien trop masculin pour espérer en tirer quelque chose de féminin et de passable (même à 200m la nuit). Alors je préfère m’abstenir pour ne pas contempler dans la glace une caricature risible.

  15. Salut Fred,

    En quoi ton corps est-il « devenu bien trop masculin »? Malgré mon 1m85 et mes 92 kilos, j’arrive à passer en femme. Pas toujours mais de plus en plus souvent. Tout dépend de ce que l’on porte.

    • Hello
      Ce n’est pas tant une question de poids ou de taille (1m78 pour 80kg) mais de morphologie. J’ai un buste trop développé et des jambes toutes maigres. Je sais que certaines tenues permettent de compenser mais après il y a les poils et l’épilation devient un vrai calvaire pour le peu que je peux en profiter. L’investissement pour arriver à passer est tellement important et le plaisir de si courte durée que je préfère m’abstenir.

  16. En effet, la vision du travestissement que nous renvoie internet (en-dehors de ce site et de rares forums), est pour le moins décourageante. Elle amène à se poser beaucoup, beaucoup de questions, celles que l’on est tentée de poser au psy, qui en voit d’autres, et qui n’est pas là pour y répondre. Comme pour obtenir une espèce de bénédiction, si on en ressent le besoin. Suis-je « normale » ? Est-ce que « cela » se soigne ? Pourrai-je en venir à bout ?
    Chez moi « cela » est présent depuis le plus loin que je me souvienne. « Cela » était présent dans le rêve. « Cela » était présent dans le désir d’être autre qu’un garçon, porter une robe, des dessous de fille, des talons, les cheveux longs.
    « Cela », je le vis plutôt mal. J’ai voulu le creuser au travers d’expériences bisexuelles qui se sont révélées malheureuses mais révélatrices de ce que je voulais savoir : non les hommes ne m’attirent pas. Leur odeur, leur présence, la texture de leur peau, me répugnent. Leurs attentes, leurs intentions, leurs exigences, l’attitude sexuelle de mes partenaires m’a cependant appris à comprendre combien il peut être difficile d’être femme.
    Je suis d’une génération qui assimilait travestissement et homosexualité, où l’on ne parlait pas de transidentité. A y bien réfléchir, je ne me sens ni femme ni homme mais un composé des deux, nourri du désir de vivre ma féminité comme allant de soi, au quotidien et sexuellement, avec une femme. C’est compliqué.
    J’ai jeté maintes fois bas, collants, petites culottes, soutien-gorges, jupes, hauts. J’en ai toujours racheté par la suite. J’ai arrêté la perruque, le maquillage, les robes, la lingerie transparente, les bas, les collants satinés après avoir perdu ma dernière petite amie, pour m’en tenir à du presque unisexe, à l’exception des collants. Je continue à m’épiler et je garde quelques froufrous pour ma seule intimité. Une triste intimité, je l’avoue.
    Je crois que pour qu’une femme admette, puis accepte que je puisse être comme je suis, il faut qu’elle soit sacrément ouverte/libérée/amoureuse. Mon rêve est de vivre avec une femme en tant que femme sans qu’il y ait de sous-entendus du genre fétichiste, domina, etc. Sans qu’il y ait besoin d’associer la chose à un mode de vie dit « libertin ». On ne va pas loin avec ça, on ne construit pas au-delà du lit.
    Mes compagnes successives n’ont pas admis ni accepté que je sois comme je suis. Elles y voyaient une forme de perversion, de dérèglement, une pathologie mentale.
    Au vrai, c’est invivable de vivre ce que notre nature nous invite/enjoint/condamne à vivre hors des milieux sociaux/environnements urbains/modes de vie qui s’y prêtent. Me mettre en femme chez moi, le soir, un long pull, une culotte, une paire de collants, des mules, et discuter de ça avec de lointaines copines sur des chats où à tout bout de champ, des types en manque viennent tenter leur chance, j’en ai marre. Je suis même allée jusqu’à me racheter des caleçons et à songer à laisser repousser mes poils. Jouer le jeu du mec viril qui assure. Pour ne pas finir ma vie seul…e.

  17. Il est impossible d’arrêter, cela reste en nous comme la drogue ou l’alcool chez d’autres personnes. J’ai eu des multiples témoignages en ce sens. Tout au plus, on peut avoir des baisses de régimes. J’ai voulu arrêter deux fois, je suis restée dans l’abstinence six ans malgré deux micro rechutes mais cela revient toujours. En cas de problème avec soi-même, mettre ses affaires dans un sac, un carton, mettre le tout sur le grenier et attendre. Eon fera le reste…

  18. Certes, mais si l’on veut vraiment appréhender ce qu’est l’éonisme (après tout je préfère ce terme, merci Audrey!), on ne peut pas se cantonner à la seule idée de travestissement. La dimension relationnelle est à prendre en compte dans un spectre élargi qui va du quotidien à l’intimité sexuelle en passant par la relation de couple et la vie de famille, sachant que la vie réelle consiste à évoluer, justement, sur la scène du réel, où en-dehors de certains milieux très parisiens et ciblés, on va rarement croiser des gens ouverts à l’éonisme tel que nous l’envisageons, nous qui le pratiquons ou avons du mal à le vivre.

    Il y a le rapport aux femmes, la façon dont elles vont accueillir notre féminité, la possibilité ou non de construire une vie de couple sur cette alternative (combien parmi nous sont contraintes à une double vie, d’où ces phases d’abandon où l’on jette ses affaires ?) lorsqu’on est hétéro – je crois que c’est aussi compliqué lorsqu’on est bi ou homo, car loin de la fameuse « théorie du genre », qui prétendrait brouiller les cartes comme si l’on pouvait en un tour de passe-passe faire table rase de conditionnements millénaires, notre culture est indubitablement genrée, en cela la plupart des femmes et des hommes vivent sur des stéréotypes genrés, les femmes attendent d’un homme qu’il corresponde, dans ce travail quotidien de construction qu’est une vie de couple, à l’idée convenue de ce qu’est un homme, et vice-versa. Le terme de confiance revient souvent, j’ai remarqué, dans le discours des femmes lorsqu’elles parlent des hommes et de leur homme : elles accordent leur confiance au « mec qui assure ». Et les hommes attendent d’une femme qu’elle soit féminine selon l’idée convenue de ce qu’est une femme.

    Du reste, comment voyons-nous, nous hommes féminins, ces femmes aux attitudes masculines que l’on qualifie affectueusement de « garçons manqués » et vulgairement d' »hommasses » ? Sommes nous des « filles manquées » ou des femmes faisant les frais d’une fantaisie d’ordre génétique ?

    Quoi qu’il en soit, et pour y revenir, c’est dans le spectre élargi de la relation à l’autre et sur la scène incontournable du réel que va se jouer notre capacité à vivre notre féminité, y compris au plan sexuel (qui n’est pas évoqué sur XXY, et c’est dommage car c’est d’une importance à mon sens capitale) ou à vouloir la renier/la refouler.
    Il y va de l’épanouissement de chacune, ou au contraire, d’une marginalisation assortie de solitude qui signera l’échec de la possibilité de vivre notre différence.

    • Non, ce n’est absolument pas capital. Si le sujet n’est pas traité, c’est qu’il n’a pas besoin de l’être pour vivre sa transidentité. L’intimité de chacun(e) est faite pour rester… intime. Le site est consulté par des mineurs et il est tout public, donc il n’y a aucune raison d’en discuter ici, tout simplement.

  19. j adore cet article car il est complet et incite à parler de son expérience même si on s’y retrouve totalement
    mais que c est dur toutes ces scéances de purging et de regrets…..

  20. Bonjour à toutes et à tous.
    Pour ma part, de nombreux purgings qui en plus me permettaient de demeurer caché.
    Purging dus à l nécessité mais aussi, il est vrai à l’idée de me débarrasser de mon addiction.

    Ainsi il m’arrivait d’acheter une garde robe minimale en pensant qu’elle ne servirait que 3 jours… Enfin, 3 nocturnes de flashage et parfois de contacts rapides, le jour c’était stage…

    Scénario arrivé 3 fois (?) en 30 ans :
    — Chasse fébrile et émoustillante en sortie de stage dans les solderies entre 18 et 19h30-20h pour être prêt aux …
    — … maquillage à la place du repas…
    — … [sordides ?] chasses nocturnes et…
    — fin de nuit, amère et solitaire en bas, soutif et porte-jarretelles couché ainsi pour dormir un peu, résigné à enlever les talons à cause de la douleur sous le pied et au coup de pied…
    — démaquillage vers les 6h du mat, douche habit de fonctionnaire modèle pour le sérieux de la formation suivie.
    — 3 jours de stage autiste pour deux nuits de frénésie impensable…
    Et tout au container, sauf les escarpins T44 que j’aurais à planquer…

    Pas fier d’avoir fait ça dans le dos de mon épouse.
    Fric perdu. Vie perdue… Lancez moi des tomates !

    Aujourd’hui, je ne regrette pas, ma nouvelle compagne me comprends, du moins admet, m’accepte et donc plus besoin de purging. t je n’ai plus honte d’avoir un secteur femme dans ma penderie.
    Je considère aujourd’hui ces purgings comme des occasions à renouveler la dose d’oxygène, à profiter des micros instants des achats à être femme qui choisissait sa garde robe pour un amant imaginaire…

  21. Que tout ceci est vrai…………. combien de purge depuis que j’ai débuté à 14 ans ? Beaucoup……..

    Alors à 55 ans j’ai décidé de m’assumer et depuis 13 ans tout va mieux.

  22. Merci pour ce bon article, je souhaite ajouter un petit complément le travestissement est un terme qui n’existe que parce que les Hommes ont inventé un code vestimentaire. ce code de base ( les hommes ont des pantalons et des chemises) est lui-même artificiel. D’ailleurs nombres de vêtements sont historiquement masculins.
    Pour ma part J’aime certains code articles feminin, haut talon, jupe robe, mais comme beaucoup d’autre des verrous m’empêchent de le vivre et assumer, a commencer par le travail ( l’industrie automobile,.. très conservatrice) mes enfants que je protège en ne l’affichant pas . Et ma femme qui le tolère mais dont le seuil de tolérance est assez bas.

  23. très bon article
    le soucis d’êtres travestie a mon sens ,t lorsque que l’on pris gout et surtout assumer , c’est de revenir en arrière est presque impossible
    Apres c’est son entourage il accepte ou pas

  24. hello
    Pour moi c’est impossible d’arreter, j’ai arreté la cigarette en une nuit, jamais je ne renoncerais a ma lingerie et au nylon, inutile de tout jeter pour mieux racheter ensuite.
    j’ai toujours tout garder, robes jupes,lingerie, je garde tout, et si un moment j’en ai assez ,je mets tout au grenier soigneusement rangé.
    tout petit j’ai été attiré par les belles combinaisons en nylon de ma maman, ce nylon si doux, ces dentelles, je lui en ai emprunté souvent! j’ai connu avec mes premières masturbations, et j’ai passé beaucoup de temps a chercher pour m’en procurer quand elles n’était plus a la mode. 50 ans plus tard, je me travesti , je me glisse dans ce nylon des années 50, jamais je ne m’en passerais, quand je n’en porte pas, je suis rassuré de savoir qu’elles sont la ,a portée de main.
    depuis avec l’accord de mon épouse ,j’ai les petites culottes( la base) les soutiens-gorge , les bas, je ne me travesti qu’a la maison, mais je n’ai nullement envie d’arrêter, j’en serai bien incapable, et encore moins de tout jeter.jamais, mes fringues de femme sont sacrées.elles font partie de moi.
    sylvie

Répondre

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Articles récents

Comment déterminer la morphologie de son visage ?

Ovale, carré, long : il n'est plutôt pas facile de déterminer la morphologie de son visage. L'information peut pourtant vous aider dans le choix d'une perruque. C'est pour cela que cet article a la vocation de vous aider à connaître la forme du vôtre avec une méthode facile, un simple mètre de couturière et un miroir. Alors, quelle est la morphologie de votre visage ?

Les rencontres d’un autre genre : entretien avec Jaina

Dans cette interview des Rencontres d'un autre genre, Jaina explore les origines de son travestissement, son genre et sa couleur de cheveux qui ne répond à aucune étiquette.

Les rencontres d’un autre genre : entretien avec la grande Julie

Dans cette interview des Rencontres d'un autre genre, nous avons interrogé la Grande Julie à propos de sa culpabilité de transgenre, la découverte de soi-même, la reconnaissance de son genre et les joies du coming out.

Les rencontres d’un autre genre : entretien avec Emilie85

Cette interview des Rencontres d'un autre genre est consacrée à Emilie85 qui explique son parcours de transidentité, son goût pour la photographie et sa vie de couple.